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KIDULT ou l’art de tout niquer

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Son message s’adresse à tous, sans aucune exception. Il veut toucher les gens et leur ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans notre société, les réveiller du coma capitaliste dans lequel ils se trouvent. Plus que de vous expliquer dans le détail ses œuvres et sa philosophie, il est préférable de lui laisser la parole.



« Le graffiti n’est pas simplement une expression artistique, le graffiti est une protestation, un cri de colère qui a toujours revendiqué le droit à la ville par la (ré)appropriation des biens communs et des espaces publics, y compris les rues, les murs et les véhicules de transport. Les rues sont entre les mains de tous et à travers les graffitis, j’entends revendiquer à la fois la gratuité et l’accès à ma production. Les rues sont le principal support de ma protestation et la plus grande galerie d’art libre.

La réappropriation successive des graffitis par ces marques m’amène à les combattre. Ce combat est en perpétuelle évolution par des déplacements et des adaptations aux contraintes de notre société.

Au cœur de cette lutte se trouve l’opposition brutale de deux visions différentes du graffiti, le graffiti commercial et le graffiti libre que je défends.

Les villes sont le théâtre d’une bataille pour l’espace, une bataille dans laquelle j’essaie d’exposer ma vision du monde, et de détruire la leur. Mes extincteurs, ma peinture et mes bombes aérosol sont mes armes de destruction massive. Ils ont peut-être tout l’argent du monde ; ils ne gagneront jamais dans les rues parce que nous sommes les rues !



L’armée se développe et la lutte est mondiale.
Ce n’est pas moi qui ai déclaré la guerre, j’ai juste répondu pour défendre ma vision de ce que devraient être les graffitis et la société, libre.

Mon travail est une lutte contre le mercantilisme et une façon de rejeter activement le matérialisme et l’hyper consommation de la société. C’est un jeu d’action et de réaction, je réagis fortement à la (ré)appropriation de l’esthétique du graffiti mais aussi au détournement des graffitis et des artistes graffeurs par des marques de luxe à des fins lucratives.

Beaucoup diront que la récupération des graffitis a légitimé le graffiti, en le faisant connaître comme une forme d’art. J’insiste cependant sur le fait que ce type de légitimation prive le graffiti de son essence, qui, dans ses valeurs fondamentales, le « libre », le
tant en matière de liberté d’expression que de liberté de rémunération ou d’absence de but lucratif. Les marques de luxe s’approprient les graffitis pour la publicité, ce qui me pousse à réagir en vandalisant leurs magasins avec de vrais graffitis. Ces marques sont des usurpateurs et, dans leur entreprise de vol de notre culture, elles sont aidées par les institutions qui régissent notre société.



Le principal concept qui me met en opposition avec les marques et les institutions dirigeantes est la commercialisation et la valeur marchande des graffitis. Dans cette logique, les marques créent un fossé abyssal entre la valeur des graffitis et le prix auquel ils les vendent, en tirant des profits de quelque chose qu’elles ne possèdent pas et ne posséderont jamais. Le détournement se fait dans les deux sens ; je reprends les stratégies marketing de la marque pour pirater son image. J’utilise les mêmes techniques qu’eux pour faire de la publicité pour ma cause, pour être vu et entendu par tous.
J’utilise leur notoriété. En utilisant le même média, j’utilise leur outil pour démanteler leur système.

Avec les vitrines, il n’a jamais été question de beauté ou d’esthétique, l’objectif était l’efficacité : le bon endroit au bon moment, faire le plus de dégâts possible, choquer les gens, voilà ce qu’est mon graffiti. Le principe est très simple, ils prétendent aimer les graffitis, et puis je leur en donne. S’ils utilisent et aiment tant les graffitis, alors les marques
devrait accepter entièrement les codes et principes qui régissent les graffitis. Les vrais graffitis sont gratuits, ils sont illégaux et ils se produisent quand et où vous ne vous y attendez pas. Les marques utilisent des graffitis, elles doivent donc s’occuper de moi, du blowback.
Les institutions soutiennent les marques, l’arsenal juridique et la répression policière sont leurs principaux outils. Je suis légitime et illégal, ils sont illégitimes et légaux. C’est ainsi que fonctionne notre société, chaque fois que vous êtes perçu comme déviant, hors du cadre ou subversif, vous êtes traqué et les instances dirigeantes essaient de vous faire taire. La néolibéralisation de notre société tend à la généralisation de ce mode de fonctionnement.

La vision de la ville néolibérale, qui soutient le développement du capital par l’investissement privé, domine aujourd’hui. Une façon pour les organes de direction et les entreprises d’y parvenir est de renforcer leur contrôle sur l’espace et son utilisation. Mon travail, parce qu’il touche aux relations du capital entre les États et le secteur privé, est ainsi marginalisé, réprimé et sanctionné. Le paradoxe est que les mêmes institutions qui essaient de me faire fermer sont en même temps en train de promouvoir l’idée d’un graffiti légal.

Ils peuvent essayer autant qu’ils veulent, ils ne tueront jamais les graffitis authentiques. Restructuré, remodelé et transformé, le graffiti, à travers les décennies, s’est toujours adapté à la morphologie de la société mais il ne s’est jamais effondré, utilisant des innovations et des stratégies pour survivre et s’affirmer comme une pratique libre.
Notre société capitaliste est animée par la destruction créative. Pour croître et se développer, la ville capitaliste a besoin de détruire pour pouvoir créer. Suivant le même schéma, mon travail est éphémère, tout comme notre société.

Je crée le présent en détruisant le passé ; le règne de ces marques appartient au passé. »

Galerie
Publié le 18/06/2020