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Lettre ouverte à canal+. Je t’aime.

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Puisque je ne sais pas qui remercier, si André Rousselet, si Pierre Lescure, si Jean-Marie Messier, je vais te remercier toi Canal+. Toi en clair, toi en crypté. A une époque, 1984, où le peu de chaînes existantes étaient verrouillées et avalées par la droite, mouvement historique et du futur de la France, tu as su t’ériger en une belle conscience. Tu avais un beau corps, un beau petit fessier qui donnait envie de venir le culbuter. Canal+ tu étais la petite amie, la belle putain, cette amante qui collait si bien à son époque, à son dirigeant d’alors, François Mitterrand. Grâce à toi et ton regard tourné vers les Etats-Unis d’Amérique, tu as révolutionné notre petit quotidien en un grand spectacle permanent. Avant ta naissance, nous n’avions pas du sport chaque jour, chaque soir. Le football en était un du dimanche, criblé de types sachant à peine parler, ringards, ploucs, à leurs justes places. Grâce à toi Canal, ces mêmes types, au français plus que fragile, ont envahi l’écran de leur grammaire moche, leur accent déplaisant. Je ne te remercierai jamais assez de tes émissions sur le foot toujours plus nombreuses. Mais du moment qu’elles plaisent dans la Creuse.

Canal, tu as pris le train en marche, celui à grande vitesse qui aujourd’hui nous permet de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Que tu sois un véhicule à socialistes et à bonne conscience, voilà qui nous manquait cruellement. Grâce à ton zapping, tu compiles pour nous les meilleurs moments de la télé, les plus brillants, les plus choquants, les plus hilarants, désolants. Tu as cette force de caractère, ce recul qui te permet de te moquer de tes concurrents avec une noble férocité. Ainsi tu épingles toujours avec justesse et justice TF1 quand pour toi, dans ce zapping, tu te gardes toujours les instants, les plus désopilants avec des gags de tes enfants, Jamel, Gad Elmaleh. Voilà une autre de tes qualités, vouloir nous imposer ton humour. Tu as souvent été en avance sur les tous les autres de ce côté ci aussi. Ton bilan parle pour toi Canal. Il suffit de faire l’inventaire pour se rendre compte que, sans toi, la France serait beaucoup plus triste qu’elle ne l’est. Grâce à toi, nous avons pu découvrir Les Nuls. Vulgaires, puérils, ils nous accompagnent encore aujourd’hui dans de multiples rediffusions, sur youtube. Surtout, Chabat et Farrugia sont devenus deux monstres puissants des médias, télé et cinéma. Certains comparent Chabat à Goscinny. Soit. Toujours compliqué de savoir ce que feraient les morts mais Bruno Carette semblait mieux parti. Les Nuls, comme tous les autres comiques qui se succèderont dans ton antre, ont toujours eu les yeux rivés de l’autre côté de l’Atlantique, New York et son humour, juif. Malheureusement ici à Paris nous manquons de hauteur et leurs blagues, du coup, de vertige. Malgré tout tu as su t’imposer et rendre les autres dépassés, mauvais. Tu nous as donné De Caunes, Garcia. Tu nous as donné les Robins des Bois. Tu nous as offert Jamel et son Comedy Club que tu bombardes allègrement sur toutes tes chaînes du groupe en multi-diffusions. Tu nous donnes Stéphane Guillon, Omar et Fred, des miss-météos. Tu nous gâtes, avec toi c’est un peu noël toutes les semaines.

Canal je t’aime car tu es payante et tu me fais sentir supérieur à ceux qui ne peuvent pas se permettre de t’avoir. 30 Euros par mois, qu’est ce que c’est pour des programmes de qualité en avance sur leurs temps ? J’espère sincèrement que tu es le modèle économique de la télévision du futur pour que les programmes ne soient qu’affaire de riches. Tes émissions en clair sont les plus cools que je connaisse. Après un passage à vide personnifié par Naguy, Durand, tu as su revenir avec le Grand Journal et Denisot, magnifique garçon de café qui place les plats comme personne. Tu as bien compris que, quelle que soit l’émission, tu étais la star et non pas les invités qui se bousculent sur tes plateaux, aussi prestigieux soient-ils. Canal+ tu as compris qu’il fallait se prendre au sérieux mais dans la plus grande des décontractions. Tu utilises toujours la faiblesse des autres pour te grandir toi-même. C’est la force des plus grands. Tu en agaces plus d’un mais c’est parce que ton insolente réussite tape sur le système. Tout le monde aimerait te ressembler, à travailler pour toi. Tu incarnes l’esprit américain, tu sens l’hamburger et chaque nouvelle émission que tu commets, nous l’attendons comme une alléchante recette que nous aimons sans l’avoir goutée.

Aucun de tes présentateurs ne donne envie de les exterminer. Ils sont tous parfaits, dans la mouvance, avec la parfaite attitude, celle de la blague, du bon mot, de la bonne morale. Car c’est cela que tu es Canal et c’est pour cela que j t’aime tant. Tu es un phare au milieu de l’océan, tu es un policier dans un monde sans repère, tu es un gladiateur de la morale. Je sais que tout ce que tu dis, tout ce que tu lis, tout ce que tu conseilles, tout ce que tu penses est bon et vrai. Je ne remettrai jamais en question tes goûts car j’ai compris, après plus de vingt-cinq ans que tu avais toujours vu juste. Canal tu es le prophète de la bonne conscience. Passer chez toi, même loin dans le public est un honneur. Toujours bon à faire figurer dans un CV. Travailler pour toi, c’est comme travailler pour le Barack Obama car on sait qu’on œuvre pour le bien. Je t’ai tellement espérée Canal, tellement rêvée. J’ai tellement voulu être invité à tes fameuses fêtes, y croiser tes présentateurs stars, tes comiques vedettes, me prendre des cuites avec Moustic et Delépine, ces artistes anarchistes qui toutes les semaines continuent, avec leur seul et même sketch éternel, de dynamiter le monde actuel. J’aurais tellement souhaité danser avec Mademoiselle Agnès et profiter de son rire intelligent, embrasser Louise Bourgoin, lui parler de ses beaux yeux, grands et merveilleux, lui louer sa formidable voix de crécelle qui n’appartient qu’à elle.

Pourtant tout ceci, toute cette formidable réussite télévisuelle n’est qu’une infime partie du beau gâteau que tu nous fais avaler. Grâce à toi ma chérie, le cinéma français a survécu et est le seul, face à l’américain, à soutenir le combat, rapport aux autres, qui se sont effondrés. Avec ton ami Luc Besson, tu as compris qu’il fallait, pour répondre aux américains, aller fouler les mêmes terres en les copiant, en les singeant, en proposant des films populaires, d’action. Et c’est là que tu as été très forte, en nous recyclant tes comiques sur grand écran. Soit en réalisateurs : l’équipe des Robins des Bois au grand complet, Anne Depetrini, De Caunes, Chabat, Lauby… soit en comédiens : l’équipe des Robins des Bois au grand complet, Garcia, Jamel, Omar et Fred, Kad Merad. Quand on rentre chez toi pour faire de la télé, c’est qu’on a une idée derrière la tête et cette idée s’appelle l’ambition, celle de faire du cinéma, du cinéma drôle, sans se prendre la tête mais avec un message social qui va avec, une morale, bonne, que tu distribues en mentant comme une arracheuse de dents. Mais tu ne verses pas que dans cela et heureusement ma chérie, tu aides à financer Lynch, Godard, Noé, Cameron autrefois. Tu sais dénicher les meilleurs, les innovants, les créateurs, comme toi. Tu es comme une gentille pieuvre en peluche qui aime à tout contrôler, le bon et le meilleur et le tout derrière un large sourire lavé avec Email Diamant.

Grâce à toi nous avons pu découvrir les meilleures séries américaines, des Sopranos aux Mad Men. Surtout tu n’as pas eu honte de te mesurer à eux et tu nous sers fréquemment tes propres séries à la volonté étasunienne mais à l’accent esquinté par un manque de mimétisme et de personnalité. Nous avons pu nous rendre compte qu’il existait des sitcoms autres que ceux d’AB, merci pour Seinfeld et d’avoir tenté de le transposer avec H et surtout l’inénarrable Blague à Part, une torture intellectuelle de tous les instants. Ma Canal, ma chérie, tu oses tout et je ne me plairais pas à te citer Audiard qui me court sur le cigare mais tu connais sa pensée à cet égard.

Je voudrais te remercier une ultime fois et de la plus sincère des manières car grâce à toi aujourd’hui, moi qui ai grandi avec toi, je sais comment m’habiller, où sortir, je sais quel quotidien il faut lire, quel livre aussi. Je sais quel album écouter grâce aux truculents conseils de tania bruna-russo( tu m’excuseras le manque de majuscules). Je sais quels films aller voir en salles grâce aux bons goûts de frédéric beigbeder et de sa clique à claques, dont les débats ressemblent à des discussions d’huissiers de justice. Je sais qui voter grâce à toi, comment me comporter dans la vie, avec mes voisins, mes parents. Comment les sermonner, les aider à se retrouver sur la bonne voie. Tu m’as tout apporté et pour te remercier Canal, la moindre des choses, était de te rendre la pareille, au centuple. Maintenant que je suis père de quatre magnifiques enfants à la morale juste, je mets un point d’honneur à ce qu’ils te regardent tous les jours, matin, midi et soir pour qu’ils puissent à leur tout bien comprendre le monde qui les entoure.

Je t’aime comme personne t’a jamais aimé. Merci.
Ton Ricard adoré

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Publié le 13/11/2010