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Les racines psychédéliques de la spiritualité

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Dans l’Égypte ancienne, parmi les nénuphars bordant le Nil, les habitants récoltaient pour son parfum une mystérieuse fleur sacrée, la nymphaea caerulea, ou lotus bleu.



Ingérée, ses effets aphrodisiaques et psychédéliques tenaient une place importante lors de fêtes, de rites et d’initiations religieuses : dans le mythe de la création, le dieu solaire Rê nait d’une fleur de lotus émergeant de l’eau originelle…

Au nouvel empire, la reine Nefertiti est représentée sous un soleil irradiant, offrant des tiges de pavot à son mari Akhenaton, témoignage de leur attrait pour les propriétés hypnotiques et sédatives de l’opium. Les prêtres et les pharaons vénéraient aussi «l’arbre de la vie éternelle», l’Acacia Nilotica, qui contient une molécule psychoactive très puissante, la dimethyltryptamine (DMT). Elle leur permettait de rencontrer l’esprit d’Osiris, dieu de l’harmonie cosmique, fondateur de la civilisation et maître du monde de la mort.

L’arbre permettait d’accéder aux visions du «troisième œil» d’Horus. Certains chamans de l’Amazonie utilisent encore la DMT dans l’Hayahuasca qui tient un grand rôle spirituel dans leurs tribus. On sait aujourd’hui que de la DMT est aussi produite par notre cerveau et tient un rôle biochimique dans la formation de la conscience de soi. Elle est relâchée dans nos rêves et au moment de la mort.

http://thescienceexplorer.com/brain-and-body/psychedelic-drug-may-be-released-our-brains-we-die



Partout sur terre, les cultures sont liées à des substances psychotropes, la dimethyltryptamine donc en Egypte et en Amazonie, la coca au Pérou, la mescaline et la psilocybine en Amérique Centrale, ou encore le «soma» védique en Inde, qui est tiré du champignon Amanita Muscaria.

En Grèce, le culte des mystères d’Eleusis se tenait dans un temple où se rendirent Platon, Aristote ou Sophocle. On y servait aux initiés du «Kykeon», un breuvage contenant un acide aux effets semblables à ceux du LSD.

La spiritualité et l’art étaient donc fortement influencés par ces expériences psychédéliques, et pour Ben Shanon de l’Université Hébraïque de Jérusalem, c’était par l’Acacia Nilotica, le «buisson ardent» du mont Sinaï, que Moïse ressentit la connexion à Yahvé racontée dans la Bible. Dans la Genèse le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, que mangent Adam et Ève, symboliserait aussi une plante psychoactive.

Une secte du début de la chrétienté, les gnostiques, puis les cathares au moyen-âge, représentaient d’ailleurs cet arbre comme un champignon hallucinogène. Pour eux qui furent systématiquement traqués par l’église, le fruit et le serpent symbolisent la vérité que Dieu et les puissants cherchent à écarter des hommes.

En occident, cette tradition de la conscience altérée fut toujours combattue par les pouvoirs politiques et religieux, l’alcool seul subsistant dans les transcendances collectives. Mais les idées novatrices engendrées par ces substances furent perpétuées, et se développèrent de nouveau à partir de la renaissance et de la colonisation et la découverte de nouvelles substances.

Si bien qu’avec l’essor de la pharmacologie moderne, elles eurent un rôle clef dans les œuvres d’auteurs comme Nietzsche ou Freud, mais aussi dans la découverte à Cambridge de la structure en double hélice de l’ADN, ou dans les inventions des ingénieurs de la Silicon Valley. Toutes ces personnes firent l’usage d’états de conscience altérée dans leur créativité.

Aujourd’hui, bien que rendues illégales, diabolisées et soumises à l’opacité du marché noir, ces substances commencent néanmoins à être réintégrées dans la recherche médicale et cognitive. On y cherche à la fois des remèdes aux graves traumas psychologiques et des réponses sur la nature de la conscience humaine.



En effet, la vision matérialiste veut que le cerveau produise la conscience et qu’à la mort, à l’extinction de l’activité cérébrale, celle-ci cesse d’exister, comme une usine détruite cesserait de produire des objets. Or les expériences psychédéliques, en modifiant la perception de la réalité, donnent l’impression d’une conscience dépassant le corps, d’un flux qui serait reçu par le cerveau, comme votre téléphone reçoit un signal.

À la mort, seul le corps, le récepteur s’éteindrait donc. Mais le signal resterait intact, rejoignant une sorte d’esprit universel, le tronc commun de l’arbre de la vie éternelle pour les égyptiens. Cette dualité irrésolue rythme nos existences et l’on ne peut choisir l’une de ces deux options sans au fond s’en référer à l’autre. C’était là le secret des gnostiques : tout comme le bien n’existe pas sans le mal, chaque idée dépend de son contraire.

Nous alternons entre deux mondes : celui d’une rationalisation progressive et austère, et celui d’un éternel recommencement chaotique et fécond.  Les expériences psychédéliques brisent cette distinction réductrice, nous faisant accéder à une réalité inintelligible.

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Publié le 01/05/2020