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Interview exclusive de Bernard Arnault autour de l’évènement Covid-19

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D’ordinaire, personne n’arrive à faire parler Bernard Arnault. L’homme est connu pour être aussi discret que les catacombes de Paris. Mais grâce, ou à cause de la crise du Coronavirus, Bernard Arnault est devenu du jour au lendemain chef de guerre et sa parole plus importante que celle du président de la République.




C’est lui qui allait décider quand déconfiner les Français. Il fallait donc obtenir des réponses rapides, mais personne n’osait le questionner. C’était pourtant lui le stratège, l’homme de la situation pour sauver les hôpitaux, les malades et les chômeurs.

Avoir l’opportunité en temps de guerre d’obtenir en exclusivité ses réponses a été pour moi une révélation. C’était un succès assuré, programmé pour marcher, tout le monde allait vouloir publier notre entretien.

J’avais à portée de main l’article le plus pute-à-clic du 21e siècle. J’ai proposé ça à toutes les rédactions françaises, persuadée qu’il allait répondre rapidement à mes questions. J’avais eu une ouverture venant de son service de communication et puis l’interview est tombée à l’eau. J’ai pourtant relancé son attachée de presse et son service de relations publiques comme une groupie maniaque mais rien n’y a fait.

J’avais pourtant tout préparé, chaque question, chaque relance, tout était prêt. Alors voici la première interview sans censure de Bernard Arnault, le Président du groupe LMVH.

Zoé Sagan : Avant de commencer, sachez que tout ce que j’ai pu publier sur et autour de vous n’était que pure fiction. Me voilà enchantée d’avoir le privilège de vous interviewer en ces temps si troubles.
L’un de vos employés « septuagénaire » vient d’ailleurs de dévoiler dans la presse que votre nouveau surnom, depuis le début de la crise du Covid-19, était « Général en chef » Arnault. Vous sentez-vous vraiment comme leur chef de guerre ? Aimez-vous ce nouveau rôle guerrier et militaire ?




Bernard Arnault :

z/S : Il y a aussi une autre polémique que je ne peux passer sous silence. Vous et vos voisins dans votre lotissement des Parcs de Saint-Tropez avez eu accès avant tout le monde à un médecin et un technicien qui procèdent à des tests de dépistage covid-19. Pourquoi ne pas le généraliser pour tous les français ? Pourquoi vous en premier ?

Bernard Arnault :

z/S : Concernant maintenant la baisse de votre salaire. Votre concurrent François-Henri Pinault avait commencé les enchères avec une baisse de 25%, vous, vous venez d’annoncer vouloir baisser votre rémunération de seulement 20%. Pourquoi ne pas la diviser en deux ? Ou en en trois ? Ou en quatre ? Ou plus ? Pourquoi ce choix symbolique de 20% ?

Bernard Arnault :

z/S : Où avez-vous décidé de vous confiner depuis le début de la pandémie ? Sur une île, dans un hôtel particulier ou sur un yacht ?

Bernard Arnault :

z/S : Portez-vous un masque pour aller travailler ?

Bernard Arnault :




z/S : Vous dites perdre seulement 10% de votre chiffre d’affaire à cause de la pandémie. Comment cela est-il possible alors que 90% de vos boutiques sont fermées depuis un mois et demi ?

Bernard Arnault :

z/S : Comment imaginez-vous la décennie à venir ?

Bernard Arnault :

z/S : Du bouclier fiscal au CICE en passant par le plafonnement fiscal et la loi travail, vous avez su être derrière toutes les dernières réformes économiques en France, pouvez-vous nous dévoiler en avant-première quelle sera la prochaine ?

Bernard Arnault :

z/S : A la Maison-Blanche, à table, vous avez même eu une meilleure place qu’Emmanuel Macron face à Trump. Ce qui vous a permis de faire disparaître, en un seul repas, la taxe unique sur vos dividendes. Est-ce que le Président de la République Française a conscience que vous avez plus d’influence que lui aux États-Unis ?

Bernard Arnault :

z/S : Juste avant la crise du Covid-19, vous avez orchestré la rencontre des deux marques les plus controversées d’occident. La marque TRUMP et la marque VUITTON en lançant une nouvelle usine au Texas. Trump a osé déclarer ce jour-là que vous étiez un « artiste » et un « visionnaire », puis il a dit: « Louis Vuitton (qu’il prononce « VOO-ton ») est un nom que je connais très bien. Cela m’a coûté beaucoup d’argent au fil des ans. » Pourquoi est-ce que vous avez autant souri en entendant ça ?

Bernard Arnault :

z/S : J’ai été en contact avec l’un de vos anciens camarades de classe, il est je crois devenu écrivain, il s’appelle Michel Quint et il m’a dit publiquement sur Facebook : « Nous étions Arnault et moi au même lycée roubaisien Van der Meersch, les mêmes années. Cet homme était si discret, si humble, qu’il ne venait pas aux boums, aux compétitions scolaires. Un ermite laborieux. Sa réussite vient sûrement de là… » Pour un jeune homme qui n’allait pas dans les fêtes, ça doit leur faire bizarre aujourd’hui de vous voir les pouces en l’air avec Kanye West, vous ne pensez pas ?

Bernard Arnault :




z/S : Confirmez-vous que c’est bien votre fils Alexandre Arnault qui a été choisi pour vous succéder ?

Bernard Arnault :

z/S : Quand pensez-vous prendre votre retraite ?

Bernard Arnault :

z/S : Savez-vous pourquoi l’historien Emmanuel Todd écrit dans son dernier essai que vous êtes le « larbin utile » des 0,1% ?

Bernard Arnault :

z/S : Sans vouloir commettre un délit d’initié, est-il vrai que le groupe Kering va fusionner en fin d’année avec le groupe Richmond ? Comment voyez vous cette union ?

Bernard Arnault :

z/S : Il se raconte aussi qu’après le « Bon Marché », vous allez ouvrir le « Marché du Dimanche » à Notre-Dame. Est-ce pour ça que vous avez fait un chèque pour reconstruire l’église ?

Bernard Arnault :

z/S : Est-il vrai que votre fille Delphine s’est faite refaire le nez en secret, par peur de votre réaction ?

Bernard Arnault :

z/S : Vos employés de maison m’ont aussi confié que lorsque quelqu’un sonne à la porte de votre hôtel particulier vous appelez immédiatement vos gardes du corps. Ils traversent alors Paris à toute allure pour s’apercevoir à chaque fois que ce ne sont que des vendeurs de calendrier ou les éboueurs. Pourquoi être si paranoïaque ?

Bernard Arnault :

z/S : Est-ce que Bernard Squarcini travaille encore pour vous ? Parce qu’il a quand même été mis en examen pour « violation du secret de l’enquête », « trafic d’influence », « détournement de fonds publics », « compromission », « entrave aux investigations », « faux en écriture publique et usage », « recel de violation du secret de l’instruction », « atteinte au secret des correspondances par personne dépositaire de l’autorité publique ». Il est aussi cité dans l’affaire HSBC, l’affaire Cahuzac, le dossier Veolia, le dossier Bettencourt, l’affaire Merah, le dossier des Renseignements généraux sur Alexandre Djouhri, ainsi que dans celle de l’appartement de Ségolène Royal cambriolé en 2008. Cela ne vous dérange pas, j’imagine ?

Bernard Arnault :

z/S : En même temps, je comprends que c’est intéressant d’employer un agent secret qui a des notes sur tout Paris. Il connaît tout sur l’univers des cercles de jeux et sur le financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy. Mais toutes les notes de Bernard Squarcini cachées dans un coffre fort de la BNP ont été découvertes il y a peu. Vous pensez que ça risque d’avoir des conséquences politiques et financières sur la crédibilité du groupe LVMH ?




Bernard Arnault :

z/S : J’ai calculé qu’en 40 ans, votre fortune a été multipliée par plus de 3000, alors que la richesse produite en France (le PIB) n’a été, dans le même temps, multipliée que par 1,5. Autrement dit, quand la collectivité prend un point, vous vous en prenez 3000. Est-ce un bon ratio à vos yeux ou souhaitez-vous faire mieux dans le quinquennat à venir ?

Bernard Arnault :

z/S : Pourquoi investissez-vous plus à Beverly-Hills qu’en France ?

Bernard Arnault :

z/S : Est-ce que vous continuez de retirer vos budgets publicitaires aux médias qui osent écrire des critiques sur vous ou votre famille, comme vous aviez pu le faire avec Le Monde ou Libération quand ils avaient titré « Casse-toi pauvre riche » ?

Bernard Arnault :

z/S : Vous êtes le premier français centimilliardaire alors tout le monde de l’art passe son temps à vous courtiser. Vous êtes ce qu’Adèle Bloch-Bauer était à Klimt. Ou Jeanne Hebuterne à Modigliani. Vous êtes ce que Dali était à Gala. Vous êtes pour eux la Lou-Andreas Salomé du monde des arts. Vous comptez plus que Suzanne Valadon, vous savez, le modèle de Renoir et de Toulouse-Lautrec. Vous êtes comme Sarah Bernhardt,  immortalisée par Alphonse Mucha. Bref, vous êtes plus important pour l’histoire de l’art que Sylvette David, le modèle de Picasso. En avez-vous conscience ?

Bernard Arnault :

z/S : L’année dernière, quand le musée du Louvre avait fait appel à vos dons pour l’acquisition d’un livre d’heures à 10 millions d’euros ayant appartenu à François Ier, vous n’avez pas hésité une seconde à faire un soft-coup. De mémoire, à peine 8 ans avant, un autre magnifique livre d’heures de François Ier, daté de 1539, avec un portrait du roi à genoux, avait été adjugé en Grande Bretagne, pour 337 250 livres, mais vous, vous aviez une autre idée derrière la tête. La différence de valeur de ces deux ouvrages résidait dans le fait que vous aviez « donné » 7,88 millions d’euros pour acheter le livre mais votre générosité été effectuée aux frais du contribuable français, puisque vous avez déduit immédiatement 7,1 millions des impôts de LVMH. Est-ce vrai que vous pratiquez la même méthode pour payer vos campagnes de communication sur le dos de la collectivité française ?

Bernard Arnault :

z/S : Aujourd’hui en France il y a 9 millions de pauvres contre 120 milliards d’évasion fiscale. Il y a 9 millions de pauvres contre 1200 milliards de shadow banking. 9 millions de pauvres contre vos 104 milliards de fortune personnelle. Avez-vous déjà imaginé nationaliser LVMH ?

Bernard Arnault :

Merci infiniment pour votre franchise et votre honnêteté. Merci de m'avoir accordé autant de votre temps si précieux. Grâce à vos réponses, les français peuvent maintenant imaginer un avenir serein. A bientôt j’espère pour un nouvel entretien.
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Publié le 27/04/2020