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« A quoi rêvent les jeunes filles » le docu-bidon d’Ovidie pour France Télévisions

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Un reportage signé Ovidie, ancienne actrice et réalisatrice de films pornos et féministe vient d’être mis en ligne en intégralité sur Youtube après sa diffusion hier soir sur une chaîne de France Télévisions.

Même si les commentaires des internautes suffisent pour comprendre les « raccourcis » empruntés par la réalisatrice, il était de bon ton de souligner brièvement les aspects dérangeants de ce film censé présenter la sexualité des jeunes femmes à l’heure de la banalisation de l’imagerie pornographique.

Commençons par le titre : « A quoi rêvent les jeunes filles ? »
Nous n’apprenons absolument rien sur les rêves et les désirs des jeunes filles jusqu’à la 56ème et dernière minute du documentaire.  A aucun moment elles ne parlent de leur sexualité mais théorisent plutôt sur la société contemporaine, le web, les jeux vidéos etc.
Le documentaire est interdit aux moins de 16 ans sous prétexte qu’il y a des images pornographiques/érotiques qui illustrent les propos. Ça commence à côté de la plaque car on sait pertinemment que les moins de 16 ans sont devenus des habitués du porno en ligne. Le message s’adresserait donc aux « pré-adultes » et adultes. Nous n’avons donc pas saisi l’intérêt de diffuser ce documentaire voué à sensibiliser la jeune génération si elle ne peut pas le regarder !
Partant de ce constat, on se dit qu’une majorité du public télévisuel n’est pas concerné. A savoir, une grande partie des jeunes filles. A déplorer donc le côté, « attention , ça va envoyer de l’image cul et choc à ne pas laisser devant tous les yeux » car on sait d’avance que cela va attiser le côté voyeur du téléspectateur « lambda »
Tout aussi pathétique que les reportages de Bernard de la Villardière dans les nuits chaudes de Bangkok, ou les dessous des tournages des clips de rap US.

Bref, passons au choix des intervenants. Ovidie, pour appuyer son discours, si tant est qu’il y en ait un…a choisi entre autres un sociologue, des blogueuses, un chirurgien esthétique, une esthéticienne. Pile dans les codes de la représentation à la télévision de ce qui est impossible à critiquer. Tous les ingrédients essentiels  au pré-achat par une chaine. Un choix réducteur pour pouvoir classer ce documentaire dans la case « message fort »  « moderne » et « jeune ». La nécessité d’égalité implorée par la réalisatrice qui passe par des discours surfaits . En consommatrice numéro un du rayon  banalités du supermarché de l’audiovisuel elle nous offre par exemple le témoignage (essentiel!) de la vieille esthéticienne qui parle de la quantité de demandes du fameux maillot intégral pratiqué dans son salon chaque jour, qui prend un air déploré alors qu’on sait bien que cette prestation est la plus chère du rayon épilation.

Et comme c’est les soldes, on en profite pour faire un peu de pub aux copains du Tag Parfait (que nous aimons beaucoup par ailleurs) qui publient ses billets (et très probablement ses films). Mais le plus dérangeant, et c’est une femme qui vous parle, c’est ce sens unique imposé par la réalisatrice. Cette voix si jolie, si sensuelle qui vous guide au long du film,  ce chant de sirène qui a prétention de vous emmener dans des profondeurs exquises en faisant passer le message. Toujours le même. L’homme est la cause de tout les maux des femmes.

On rappelle les hommes à l’ordre en oubliant que les deux sexes subissent cette transformation de l’érotisation par l’image.

La simplification du rôle de l’homme dans les pornos n’est pas abordée. Réduire un homme pensant à un énorme sexe et des abdos n’est-ce pas également une entrave à la masculinité ?
Par exemple lorsque les gros seins sont mis en avant comme un argument de taille pour dénoncer le machisme de l’univers du gaming. Mais on ne parle pas des grosses bites que sont censés avoir les hommes, ou les corps parfaits, la protection ultime de l’homme fort présenté dans toutes les publicités. Tout autant de clichés qui donnent aux hommes des complexes dont ils ne peuvent se détacher. Une importance démesurée à la taille de leur sexe mais pas à la hauteur de leur capacité d’émotions.

Le documentaire, n’est pas donc absolument pas complet car pour se faire il aurait fallu donner la paroles aux jeunes hommes aussi, à 50%.

Qu’ils soient dominants, ou dominés, ou simplement tiraillés entre ces deux choix, celui qu’impose la société consumériste de l’image. Car il y a aussi des hommes féministes, et ils ont très certainement une vision plus juste, plus précise que celle d’Ovidie, qui est un poil (sans mauvais jeux de mots) réductrice et moralisatrice. Ou alors il aurait fallu VRAIMENT donner la parole à des jeunes filles.
Le fait qu’elle soit une ancienne actrice porno donne certainement du poids à son travail pour l’égalité homme-femme car tout le monde trouve génial sa reconversion. Le prétexte d’avoir baigné dans l’industrie du porno n’est fait pas la combattante idéale pro-féministe. Il y a d’autres exemples dans le monde, d’autres femmes qui ne peuvent pas prendre la parole car elle sont inconnues, et qu’elles n’ont pas travaillé dans une industrie aussi lucrative pour financer les supports de leur combat pour l’égalité. Encore une fois, la loi du spectacle s’impose. Pour parler aux jeunes générations, il faut toujours un aspect « trash » à celui qui expose son jugement. Car c’est bien ici de jugement dont-il s’agit. Rien n’est proposé aucune idée.
Pour les idées et une réflexion profonde, il faudrait surtout lire le roman de Wendy Delorme, « Quatrième génération » ou encore revoir le formidable discours d’Emma Watson au siège de l’ONU au sujet de son association HeForShe. Une parole et une implication exemplaire des femmes ET des hommes. Une UNIFICATION des forces pour l’égalité des sexes.

Il est en tout les cas évident que ce type de documentaire, diffusé à heure de grande écoute sur le service public n’aidera en rien les hommes et les femmes à retrouver une sérénité dans leurs rapports.

On terminera sur un extrait de la pièce de théâtre d’Alfred de Musset du même titre, écrite lorsqu’il avait 22 ans. Le portrait d’un père qui éveille chez ses filles le sentiment amoureux pour un jeune ingénu idéaliste qui n’est autre que son double…

« Qu’importe que le jour finisse et recommence,
Quand d’une autre existence
Le coeur est animé?
Ouvrez-vous! Jeunes fleurs. Si la mort vous enlève,
La vie est un sommeil, l’amour en est le rêve,
Et vous aurez vécu, si vous avez aimé ».
A quoi rêvent les jeunes filles? – Alfred de Musset. 

 

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Publié le 24/06/2015