TV

L’entretien exclusif entre Cyril Hanouna et Michel Onfray

+1+2+3+4+5

Charlie Hebdo caricature pour la première fois Cyril Hanouna en une. C’est violent, sans concessions et pourtant ça reste pour l’instant la couverture la plus osée de l’année 2016 en France. Son « ami » Michel Onfray a tenu à répondre ici aux interrogations de Cyril Hanouna sur l’attaque féroce de l’hebdomadaire à son encontre.
12715797_1080976481925489_1360819273617274762_n

Cyril Hanouna :  Jt’explique mon chéri, la France moi je sais ce qu’elle veut. Et ce n’est pas des couvertures de Charlie Hebdo, me représentant comme un virus tueur de fœtus suçant le cerveau d’un enfant. Non mais est-ce que tu te rends compte de la violence de l’attaque ? Mon père est médecin et demain quoi ? Il va voir son nom partout décrit comme celui qui va tuer plus de gens qu’Hitler ? On va ou là ? C’est parce que ma société de production vient de prendre un quart de milliard c’est ça ?

Michel Onfray : Je ne fais pas de l’argent l’horizon indépassable de toute éthique et de toute politique…

CH :  Je ne veux pas qu’on me compare à un virus peut-être pire que le sida. Hanouna Zika – Hanouna Sida. Et oh, on se calme là, sinon je fais une danse de l’épaule. Bam.

MO : Devant le spectacle de ce qui est, face à l’impossibilité d’échapper à la fatalité, il ne reste que le rire.

CH : Je suis Baba tu comprends, je suis comme un gourou gentil, moitié mignon, moitié con-con, je fais le clown, je fais rire les enfants. Tu comprends ? C’est important de faire rire les enfants. Je suis un peu le GO que les français ne peuvent plus se payer. Je suis la soupape de sécurité du pays.
Enlevez moi et ça explosera. Je suis aussi important que le deal de shit dans les cités. Si tu me retires ça pète. C’est donc un arrangement invisible, personne n’est vraiment d’accord sur le sujet, mais on ferme les yeux. Je deviens plus toxique que le virus Zika aux yeux de la bien-pensance, j’arrive pas à m’en remettre !
Les gars ils perdent tous leurs collègues il y a un an et le mieux qu’ils trouvent à faire aujourd’hui c’est de s’en prendre à un vendeur de boulettes qui beugle dans une émission sous produite sur une sous-chaine de la TNT ? Bon ok je fais 2 millions de téléspectateurs et j’ai un fan-club qui ressemble plus à un parti politique de la blague, avec des militants pro-vanne, mais vous vous voulez quoi ? Me faire faire une Coluche ? Je vais glisser de moto c’est ça ?

MO : Le populisme est le plus dangereux des narcotiques, le plus puissant des opiums pour endormir et anéantir l’intelligence, la culture, la patience et l’effort conceptuel.

CH : Mais tu dis ça parce que tu ne connais pas Matthieu Delormeau ou Camille Combal, c’est eux mes philosophes ma ptite beauté. Enfin c’est ce que je crois. Et toi tu n’aimes pas ceux qui croient hein ?

MO : Je ne méprise pas les croyants, je ne les trouve ni ridicules ni pitoyables, mais je désespère qu’ils préfèrent les fictions apaisantes des enfants aux certitudes cruelles des adultes.

CH : Tu crois que je dois grandir ? Si je fais de la politique, je pense en t’en parlant, que je pourrais avoir plus d’électeurs qu’Alain Juppé. Et t’imagines le débat ? Il tient pas une minute, j’ai dix fois plus de followers que lui sur Twitter.

MO : L’habituel prix de la célébrité, être connu mais pas lu puis aimé ou détesté pour de mauvaises raisons…

CH : Ok, ok mais est-ce que toi tu t’es déjà déguisé en princesse pour faire rire des enfants ? Est-ce que tu t’es cassé des œufs sur la tête tout en mangeant du piment avec des talons de 12 ? Moi je fais ça Michel, c’est mon métier. Je ne sais faire que ça. Et apparemment c’est déjà trop.

MO : La mesure permet d’éviter la satiété qui engendre le dégoût. Trop avoir, tout avoir ne permet pas une satisfaction simple ni sereine.

CH : Ah c’est ça la philo ! Je comprends. Enfin je crois, tu sais comme maintenant je suis pire que le virus le plus dangereux du monde et que je me nourris exclusivement de cerveaux d’enfants, je vais avoir besoin de plus de sagesse. Peut-être même vais-je devoir apprendre à mourir. Parce que c’est quoi la suite ? Hanouna, pire que Daesh ? Hanouna, pire que le réchauffement climatique ? Hanouna, Satan des temps modernes ? Ou Hanouna, pire que Kim Jong-un ?

MO : Ce qui peut faire trace est acceptable, ce qui disparaît ne peut être oeuvre d’art : voilà la vulgate depuis longtemps.

CH : Mais pourquoi tu aimes critiquer le roi de l’humour, le king de la fête, le dieu de la gaudriole ? Tu sais au moins combien j’ai de Followers sur Twitter ?

MO : Voilà le fond de toute religion: obéir, se soumettre, renoncer à soi, à l’intelligence, à la raison, se contenter d’être la chose de Dieu.

CH : Attends, attends…Tu fais quoi toi pour les gens ? Une Université populaire ? Une Université du goût ? Alors que c’est moi qui ai le goût du peuple. Tu crois quoi toi ? Sauver le peuple en lui apprenant la philosomachintruc ? T’as rien compris, ce que le peuple veut c’est se divertir en gagnant des téléviseurs. Pas apprendre l’amour de la sagesse. Et ouais ma petite beauté, on n’est plus au temps d’Epicure. Aujourd’hui les gens veulent des promos chez cashconverters, mon sponsor.

MO : On produit moins des biens de consommation pour satisfaire la population qu’on ne fabrique des objets de mode, périssables, afin d’obtenir du consommateur qu’il achète, fasse circuler son argent et l’injecte dans la machine libérale. La technique sert souvent à augmenter ce vice dans un circuit de production dissocié des finalités eudémonistes (qui tendent au bien-être du plus grand nombre) pour viser une création maximale d’argent dont la circulation virtuelle est soumise aux spéculations des détenteurs d’actions.

CH : Les gens aiment l’argent Michel, je peux t’appeler Michel ? Enfin ils aiment que je gagne de l’argent. C’est le rêve américain. Ils espèrent grâce à moi. Toi tu fais peur avec tes diplômes tandis que moi avec un bac pro compta je leur montre que c’est possible. Et c’est de là que vient mon histoire d’amour avec les gens.

MO : La fin des histoires amoureuses autorise l’éclairage rétrospectif : toutes les fantasmagories entretenues sur le principe de la servitude volontaire s’évanouissent, les voiles tombent, les mensonges apparaissent dans toute leur splendeur. Floué, celui qui succombe au désir assiste à sa propre déchéance, sans autre possibilité. Ruiné, dans tous les sens du terme, épuisé, fatigué, brisé, fourbu, vidé, devenu l’ombre de lui-même, cadavérique, ayant frôlé la désintégration, le sujet revenu de l’amour semble un damné échappé du cercle le plus profond des Enfers.

CH : Michel, Michel, ça va pas toi, tu devrais regarder TPMP ça détend je t’assure. C’est un peu comme un Xanax ou comme lire la Phénoménologie de la Perception de Merleau-Ponty. Penses que je suis comme un dadaïste ou un expressionniste ! Ça te parle ça. Si tu me regardes comme un performer, ou une bête de scène, au premier sens du terme, tu passeras un agréable moment. Je ne suis plus le vendeur de roses que tout le monde repousse. Je peux vendre plus de livres que toi sans les écrire. Essaye de voir ça comme un progrès. Je suis comme un « post-dada », j’ai un esprit mutin et caustique, je peux jouer des convenances et des conventions. Je m’amuse de la raison et de la logique, et avec une extravagance notoire pour montrer ma dérision pour les traditions. Je suis comme eux, irrespectueux, extravagant, affichant un mépris total envers les « vieilleries » du passé. Comme eux je cherche à atteindre la plus grande liberté d’expression, en utilisant tout matériau et support possible. Alors arrêtez je vous en supplie avec « Hanouna, le virus qui rend con. »

Ceci est évidemment une fiction. Enfin...
Galerie
Publié le 09/02/2016