Publicité

Sandro Suppnig : Artisan de l’image

+1+2+3+4+5

Il a un prénom qui fait penser à une marque de fringues dont les couleurs passent au bout de 4 lavages en machine, mais Sandro n’est pas un bout de tissu qu’on aime juste parce qu’il est neuf, qu’on délaisse et qui s’abime. Au contraire, Sandro, fait partie de ceux qui s’améliorent avec le temps et laisse une marque indélébile.

unnamed-1

Sandro Suppnig aime réellement la beauté. Celle de la femme, mais aussi celle de l’homme et de ce qu’ils dégagent, aussi, ensemble. La douceur et l’émotion sont les deux mots qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on découvre son travail. Que cela soit pour des films de commande ou pour ses divagations visuelles personnelles, Sandro met du cœur à l’ouvrage, il était donc tout naturel qu’il soit représenté en France. C’est la société de production Satellite My Love, dont nous vous avions déjà parlé il y a peu qui a eu la bonne idée de signer ce talent, qui officie depuis de nombreuses années dans le domaine de la mode notamment.
Que cela soit en production ou en réalisation, pour des marques comme Nars Cosmetic, Pepe Jeans, Miss Sixty, Dsquared ou encore Missoni, Sandro exerce son métier comme un véritable artisan de l’image.

Que cela soit du fond ou de la forme, ses sujets sont toujours sublimés, sans renier l’aspect humain, même pour des films de commandes.
Pour preuve, son dernier film pour Schwarzkopf à l’occasion de la Saint-Valentin a récolté pas moins de 10 millions de vues en seulement 2 semaines.
Mettant en scène un couple et les petites choses du quotidien qui nous font aimer l’autre avec une sensibilité bouleversante, le film lui ressemble. Raffiné, espiègle et doux.

Il faut aussi regarder attentivement ses films « personnels », plus sombres, inspirés du film-noir, au charme mystérieux, qui emporte le spectateur dans des contrées étranges et inhabituelles.
Sandro est originaire d’Autriche, il a vécu entre la France et les Etats-Unis et parle pas moins de 5 langues.
Il était tout naturel de lui poser quelques questions.

 

Sandro, tu es originaire d’Autriche et il est inscrit sur ton site que tu es inspiré par le film-noir et l’avant-garde « Warholienne ». Ces deux univers nous semblent antinomiques. Comment cela se traduit pour toi ? Peux tu nous en dire un peu plus sur tes influences ?
Et bien, pour commencer, je suis fils unique et mes parents et moi voyagions beaucoup pendant les vacances d’été, la plupart du temps dans les pays méditerranéens. Etre exposé dès l’adolescence à toutes sortes de sites archéologiques ainsi qu’à différentes cultures, traditions, cuisines, environnements, mythes, histoires … m’ont certainement influencé. Ces voyages ont piqués ma curiosité et aiguisés ma sensibilité.
Ma première source d’inspiration a donc certainement été l’Europe elle-même et sa diversité. Puis définitivement le cinéma italien et français ainsi que la photographie, de Helmut Newton à Peter Beard. Pour la musique, là encore, mes goûts sont très diversifiés et passent par différentes époques et styles – de Jean Sébastien Bach aux Freemasons ou encore Phoenix et bien d’autres encore. Alors oui, il y a beaucoup de contraste dans toutes ces influences mais je ne les vois pas comme antithétiques, mais plutôt comme complémentaires. Les autres sources d’inspirations sont certainement les expositions, les musées, les voyages, Instagram… Il y a évidemment beaucoup de déchets dans tout cela, mais il y a aussi plein de choses extraordinaires qui vous donnent les tendances et les évolutions du moment. Et pour finir : La vie elle-même. J’observe constamment ce qui m’entoure en regardant les gens, en observant des situations, des moments volés. Parfois, je prends des notes ou des photos, parfois je garde simplement ces observations en mémoire. Puis, un jour, toutes ces observations réapparaissent sous une autre forme, dans l’une des scènes de mes films.

Tu as un passé de producteur comment on bascule de l’autre côté ? Derrière la caméra ?

Je pense vraiment que la réalisation était déjà dans mes veines. Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été curieux et déterminé à explorer en profondeur un sujet ou une histoire. Par exemple avant même de commencer l’école, j’étais frustré et cela m’ennuyait lorsque ma mère me lisait un livre alors que je ne savais pas encore lire moi-même. J’ai donc commencé à apprendre à lire tout seul alors que je n’étais qu’en maternelle. Nous n’avions pas encore la télévision et la lecture était mon occupation principale. Depuis toutes ces années j’ai du en lire des centaines. Tous ces livres et toutes ces histoires ont enflammé mon imagination.
Je me souviens de périodes de mon enfance où je me plongeais dans les histoires et que je recueillais autant d’informations et d’objets que possible en relation avec ma lecture en cours. À l’époque il n’y avait pas internet et la bibliothèque de notre ville était minuscule, j’ai donc utilisé toutes sortes de sources.
Lorsque nous avons appris à l’école primaire que la dernière impératrice autrichienne était passée dans ma ville natale lors de la Première Guerre mondiale en 1917, j’étais tellement intrigué par cette histoire, qu’avec l’aide de ma grand-mère, j’ai réussi à trouvé une vieille femme qui pouvait encore se souvenir de cet événement. Je n’arrêtais pas de lui poser des questions et elle a dû me raconter l’histoire en détail encore et encore… Un autre exemple d’une obsession que j’ai eu plus tard est celle de l’histoire navale et de l’Armada espagnole. A l’époque j’ai totalement re-décoré ma chambre pour qu’elle ressemble à la réplique exacte de la cabine du capitaine sur un vieux galion. Il y avait même la cloche du navire !
Ce qui peut à première vu ressembler à de l’excentricité sont en fait les bases de ce que je suis aujourd’hui en tant qu’artiste et expliquent comment je fonctionne en tant que réalisateur créatif : Tout est fondé sur une curiosité naturelle, l’instinct et l’intérêt d’explorer l’âme de chaque projet et de la marque, aussi diverses soient-elles. Je distille l’information, recherche l’inspiration et créer le film.
Plus vous recueillez d’informations en amont plus le film devient profond. Peu importe si il dure 30 secondes ou deux longues heures. Cependant, je n’ai jamais vraiment su que je pouvais devenir réalisateur jusqu’à ce que j’en devienne un. Je suppose que c’est tout simplement parce que je n’ai pas été exposé à ce monde. Les choses se sont passées progressivement pour moi. J’ai commencé par faire des études en économie internationale, s’en est suivi une maîtrise en Marketing & Communications à Paris. Pendant cette période, lors d’une fête, j’ai rencontré le réalisateur Oliver Hirschbiegel, nominé aux Oscars pour son film « La Chute ». C’est à ce moment là que j’ai envisagé de me lancer dans la production cinématographique. J’ai donc intégré l’école UCLA. Toutefois, suites à différents obstacles que j’ai pu rencontrer dans ma vie, ce ne fut que des années plus tard, lorsque je travaillais dans la publicité de luxe à New York que, presque par hasard, j’ai réalisé mon premier film mode. Le reste c’est de l’histoire ancienne.

Tu as travaillé et vécu dans différents pays, les codes sont-ils très différents en matière d’image ?
Il y a bien sûr certains pays dans le monde arabe par exemple qui ont des codes et des règles à respecter en termes de nudité ou autres notamment dû à leur religion. Toutefois, nous vivons globalement dans un monde digital et je pense qu’il n’y a pas de véritables codes spécifiques d’image par pays. Ils sont plutôt définis par l’identité de la marque que vous créez pour le film.

Comment as-tu fait pour t’adapter au gré de tes changements de vie ?
Pour moi, c’est exactement la même chose. Je garde le même rythme et le même style de vie, peu importe où je me trouve dans le monde. Dans la vie quotidienne ce sont d’infimes petites choses qui changent comme parler dans une autre langue et prendre mon café installé à une terrasse parisienne, ou bien marcher dans New York avec un Starbucks coffee à la main. J’ai des amis proches dans toutes les villes et tous les endroits que j’aime, comme les restaurants, les quartiers ou les salles de sport. Il y a souvent quelque chose de familier. Je me sens en quelque sorte toujours à la maison. Et pourtant, paradoxalement, je suis toujours en manque de quelque chose ou de quelqu’un.

Quel est le film qui a changé ta vie ?
Définitivement « Milk » avec Sean Penn. J’étais assez malheureux dans ma situation professionnelle lorsque j’ai regardé ce film. L’histoire elle-même est très inspirante mais lorsque j’ai découvert que Dustin Lance Black avait reçu l’Oscar du meilleur scénario original, alors qu’il n’avait que quelques années de plus que moi, j’ai pensé à ce moment là qu’il fallait que ma vie change. Trois mois plus tard, je réalisais mon premier film mode  » La demi-mondaine » … .

Quel est le film que tu aurais adoré réaliser ?
Out of Africa

Si tu devais choisir entre la couleur et le noir et blanc, quelle serait ton choix ?
La couleur ! La couleur, c’est la vie !

Pourquoi a t-on souvent l’impression que tes films sont ceux « d’un seul homme » ?
Tu as un don pour faire passer ce que tu veux aux clients ?

Voilà un beau compliment. C’est néanmoins le contraire. C’est le résultat du travail d’une équipe brillante. J’ai eu la chance d’avoir fait de bonnes études de marketing et d’avoir fait carrière dans deux grandes agences de publicité à New York. J’ai donc reçu la meilleure formation pour comprendre les besoins d’un client, et cela m’a permis d’avoir un autre regard que celui de réalisateur. Si vous écoutez et comprenez les gens, que vous arrivez à communiquer vos idées, vous les inspirez alors cela se voit dans le résultat du projet.

Tu dois savoir que tu as un physique très avantageux, t’a ton déjà proposé d’âtre acteur ou mannequin ? Si oui, pourquoi ne pas avoir sauté le pas?
Hahahaha !!! Et bien tout d’abord – Merci pour ce charmant compliment. C’est très français ! Pour répondre à la question, c’est déjà arrivé, mais pour être honnête, je ne suis pas vraiment à l’aise devant la caméra. Il y a deux ans, un directeur de casting m’a contacté pour jouer le rôle d’un officier SS dans «Le Louvre sous l’occupation » dirigé par le grand Aleksandr Sokurov. J’ai d’abord pensé que c’était une blague, mais quand je me suis rendu compte que l’offre était sérieuse, j’ai tout de suite accepté. C’était un petit rôle et je n’ai eu que trois ou quatre lignes à dire, mais le tournage en lui-même était une expérience incroyable – C’était comme un voyage dans le temps.

A l’ère du « tous réalisateurs », nous assistons à une mutation des métiers de l’audiovisuel, quelle sera selon toi l’image de demain ?

Je ne sais vraiment pas, ou plutôt, je n’y pense pas vraiment. Je fais un travail que j’aime et je le fais du mieux que je peux. Si le monde autour de vous change, vous devez vous adapter. Voilà un peu mon approche sur le sujet.

Quels sont tes projets dans un avenir proche ?
J’ai plusieurs beaux projets en cours qui sortiront dans les deux prochains mois pour les clients tels que Nioxin, Max Mara et Davidoff . Il y a aussi mon documentaire « Sequence Journey » , qui parle des enfants au Salvador qui se trouvent en danger car corrompus par des gangs. Il sortira en Novembre prochain.

Galerie
Publié le 20/07/2015