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Julien Rocher : « les mots ne seront jamais remplacés tant qu’on fera attention à eux »

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Le réalisateur Julien Rocher sait aller vite, très vite même. Et il arrive souvent avec un quart d’heure d’avance. C’est pour ça sans doute que les marques lui font du pied. Pire, le courtise ouvertement. Avant qu’il ne se fasse définitivement violer par elles, on a voulu en connaître plus sur celui qui a commencé dans un vrai monde de requin…

Tu es un stakhanoviste de la réalisation publicitaire, quel est le film dont tu es le plus fier ?
Effectivement depuis quelques temps je me consacre à cette activité. Cela n’a pas toujours été le cas puisque auparavant je réalisais des documentaires sous-marins, une vie faite d’aventures et de risques. On me demande souvent pourquoi je suis passé des grands fonds à la pub, c’est que j’adore nager en eaux troubles… non, plus sérieusement c’est parce que le long métrage est mon objectif et que la publicité est un beau moyen d’y faire ses armes. J’ai donc aujourd’hui la chance de travailler sur des projets vraiment cool et je suis très bien entouré, je suis donc très confiant. Mon film préféré reste la course poursuite avec la Renault Alpine pour ce qui es de l’action. En comédie, j’aime beaucoup les films fait pour Love2recycle et leur univers décalé.

Et celui dont tu as le plus honte ?
C’est une question piège ! On a tous eu des projets sur lesquels on s’est embarqué que l’on regrette quelques temps après.
Donc il y a quelques films que je regrette oui, mais par décence pour ceux qui ont travaillé dessus je ne me prononcerai pas.

Comment définirais tu ton style ?
Je me suis essayé à beaucoup de genres par curiosité et surtout parce qu’on m’en a donné l’occasion. Je suis un peu touche à tout, après c’est pas très bien vu ici en France, je me concentre donc aujourd’hui sur ce qui allie exigence visuelle, prouesse d’exécution, direction artistique et comédie. J’aime beaucoup les univers Néo-noirs, le contemplatif et l’action. J’aime travailler la direction artistique de mes films pour leur donner un « climat » singulier.

Dans toutes les catégories, quel est le film qui représente le plus ta génération ?
Si on parle de film de long-métrage c’est « Drive ».

Le film court qui t’a le plus bouleversé sur internet ?
J’en regarde très peu sur internet, il est toujours préférable de les voir en salle. Après un des très bons souvenir de court qui a eu une seconde vie en long-métrage, c’est le film « Cashback » de Sean Ellis. Je l’ai trouvé intéressant car il traite à la fois de l’inspiration, de la beauté et de la contemplation. L’idée d’arrêter le temps est aussi une direction qui m’intéresse comme dans les plans séquence que j’ai réalisé pour le jeu « Ruse » d’Ubisoft.

Quel est le film le plus prémonitoire que tu as vu ?
Je suis assez « fin du monde » en réalité.
« Take shelter » reste pour moi le film le plus prémonitoire dans le sens où il annonce d’une certaine manière que la fin du monde viendra peut-être de la peur que l’humain porte en lui.
Il n’a rien d’ultra visuel comme « le fils de l’homme » qui reste pour moi une référence cinématographique en terme de réalisation et de plans séquence.

Quelle serait la photo qui définirait le plus l’idée de la Jeunesse ?
Je n’ai pas une photo en particulier, le sujet est vaste, mais j’aime beaucoup le travail de Larry Clarck sur la jeunesse. Il exprime de manière hyper réaliste cette période de la vie, hyper sexuée et punk où l’on se fout de tout sans concessions.
C’est un passage initiatique où l’on teste ses limites. Son travail est une belle métaphore de la jeunesse, car même si on n’a pas tous des colt 45 sur la tempe (moi je nageais avec des requins), cela illustre bien cette période absolument nécessaire qui remet en question les codes établis. Cela nous emmène vers la vie d’adulte avec plus de discernement et de créativité.

Il y a aujourd’hui plus de jeunes réalisateurs que de jeunes écrivains. Il y a de plus de chaînes Vimeo que de manuscrits publiés. Est-ce que les images sont en train de définitivement remplacer les mots ?
Il est clair que la facilité de diffusion qu’apporte ce genre de plateforme à décuplé la visibilité des films. Par effet de loupe, on a l’impression qu’effectivement l’écrit perd sa place, mais c’est simplement qu’il est caché par un arbre qui a poussé plus vite que lui. L’écrit reste et restera toujours la base d’un bon film, il n’y a pas de bon film sans un bon script. Les mots ne seront jamais remplacés tant qu’on fera attention à eux.

Les vieux disent que c’était mieux avant, tu es de ceux qui pensent que ce sera mieux après ?
C’est toujours mieux avant, puisqu’on ne sais pas ce qu’il se passera après. Le futur n’est qu’une projection des hypothèses et de rêves que nous faisons. S’ils se réalisent alors oui ! Ce sera encore mieux après !. De toute façon, le futur est vraiment prometteur, la multiplicité des moyens et des nouvelles technologies apportent plus d’outils aux esprits créatifs, le tout est de savoir les saisir et de produire des choses avec. Sans l’esprit ces outils sont inertes.
Ceci dit j’ai tendance à admirer beaucoup de choses qui appartiennent au passé, ils façonnent et étayent nos divagations créatrices de manière inconsciente. J’admire l’époque, très libre à mon sens, du surréalisme et du dadaïsme.

L'écrit reste et restera toujours la base d'un bon film, il n'y a pas de bon film sans un bon script. Les mots ne seront jamais remplacés tant qu'on fera attention à eux.
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Publié le 08/07/2014