Ads

Quand Pinault rencontre Arnault

+1+2+3+4+5

NOTE : *Toutes les informations de cette « fiction » ont été minutieusement vérifiées.

François Pinault : J’imagine que c’est au plus pauvre d’entre nous de commencer les festivités ?
Bernard Arnault : 20 milliards d’écart ce n’est pas si énorme tu sais.
FP : Monseigneur commence fort ! Excusez moi de ne pas avoir l’élégance de marier ma fille au château d’Yquem.
BA : Tu penses vraiment que ta provocation te rendra supérieur à moi ? Alors même que je possède Dior ?
FP : Et moi YSL.
BA : J’ai Céline.
FP : Et moi Stella Mc Cartney.
BA : J’ai Berluti.
FP : Et moi Balenciaga.
BA : J’ai Kenzo.
FP : Et moi Gucci.
BA : J’ai Marc Jacob.
FP : Et moi Alexander Mc Queen.
BA : J’ai aussi la maison de parfum Guerlain, la marque Loewe, Sephora, Make Up For Ever, Emilio Pucci, Fendi, DKNY..
Je suis le Dieu de la mode sans avoir eu à en rédiger la Bible. Je me suis auto-proclamé gourou exclusif de la fashion. Alors que la dernière fois que j’ai dansé devant des gens c’était il y a presque un demi-siècle.
FP : Tu as la mémoire courte. En 1999, j’ai fait tomber la maison Gucci dans mon escarcelle, et toi comme un enfant contrarié tu as voulu me la reprendre. J’ai toujours eu un coup d’avance sur toi, tu le sais, et ça te rend malade, parce qu’il y a des talents comme le mien qui ne s’achètent pas.
BA : J’ai pas eu besoin que mon beau-père me prête 447 000 francs pour m’en sortir.
FP : Si tu vas sur ce terrain là, est-ce que ta fille Delphine, administratrice du groupe LVMH depuis 2004 et Antoine, directeur général de Berluti sont ils les mieux placés intellectuellement et artistiquement pour faire ce travail ? Objectivement ? Franchement ? Tes trois fils Alexandre, Frédéric et Jean, seront quoi ? Respectivement, directeur général de Dior, directeur artistique de Marc Jacob et directeur du développement de la Fondation Vuitton ? Ça donne vraiment envie d’assister au futur.
BA : Parce que tu crois que c’est en possédant le pauvre magazine le Point et le magazine financier sans lecteurs de L’Agefi, qu’on devient immortel ? Les Échos à la limite, c’est déjà plus sérieux. Comme tout ce que j’entreprends d’ailleurs.
FP : J’ai en jouissance le palazzo Grassi, sur le Grand Canal et la Douane de Venise, une extension du palazzo Grassi de quelque 5 000 m2.
BA : Je suis propriétaire du Bon Marché, j’en ai rien à secouer. Et tu vois les immeubles de la Samaritaine, c’est aussi à moi. Je n’ai pas besoin moi de profiter d’acheter un journal français pour ne pas payer l’ISF grâce à une manoeuvre comptable. Pas besoin pour moi d’utiliser des sociétés-écrans situées dans un paradis fiscal des Antilles néerlandaises pour cacher un quart de ma fortune pendant une vingtaine d’années, évitant ainsi d’être assujetti à l’impôt sur le revenu jusqu’en 1997…
FP : Quand tu seras aussi ami que moi avec Chirac et de Villepin, tu me rappelles. Chirac en 81, je l’ai fais m’acheter des entreprises en Corrèze.
BA : Reviens dans le présent, je te rappelle que j’étais le témoin de mariage de Sarkozy avec Martin Bouygues en 1996. Et puis, même Hollande il vient à moi pour inaugurer MA Fondation Louis-Vuitton. Et je ne te parle pas de Manuel Valls qui, même quand j’ouvre une nouvelle usine pour Guerlain vient prendre des photos.
FP : Mouais, enfin mon ex-femme n’est pas partie avec Patrice de Maistre, le gestionnaire de patrimoine de Liliane Bettencourt. Un gestionnaire de patrimoine, tu imagines ! Pourquoi pas ton expert-comptable aussi. Ça a dû faire mal.
BA : Pas plus que de se contenter d’une antiquaire de province…
FP : …
BA : Je suis 3 fois plus riche que toi. Tu as a peine 10 milliards. Moi j’ai en banque plus de 30 milliards de dollars. Et je pense mourir avec le double.
FP : Pour ta gouverne, je suis le plus riche collectionneur d’art, ma collection est estimée à 1,4 milliard de dollars, enfin de ce que j’ai voulu en déclarer au peuple. Et dois-je te rappeler que la maison britannique de ventes aux enchères Christie’s est ma plus belle danseuse depuis plus de 18 ans. Plus de 3000 œuvres sont à moi mon ami. Ça devrait encore te laisser rêveur un moment. L’art c’est moi. Et comme l’art est immortel…Je te laisse imaginer celui de nous deux qui restera le plus longtemps dans les mémoires. Parce que c’est ça que tu veux le plus non ? Ne pas disparaître.
En achetant Phillips, le numéro trois mondial de la vente aux enchères, tu as perdu énormément. Parce que tu ne comprends pas qu’un artiste n’est pas là pour décorer ta marchandise.
BA :
FP : Quand je prends possession de l’œuvre de Rothko ou de Cattelan, tu essayes d’avoir la même chose. Ton goût n’est pas sûr. Il est sans émotion. Tu as le goût animal. Tu veux tout dévorer. Tu veux être le premier. Mais l’art ce n’est pas ça. Regarder sans voir ne te servira jamais à rien. Souviens toi quand j’ai commandé des sculptures à Richard Serra pour le parc de mon château de la Mormaire, tu as misérablement installé l’une de ses œuvres au siège parisien de ton groupe, avenue Montaigne ! Pourquoi ne pas l’avoir directement mis dans ta chambre à coucher. Tu te réveillerais et tu t’endormirais directement avec moi. Toi qui aime tant aller droit au but.
L’art n’est pas là pour valoriser l’image d’un groupe financier. Tu ressembles finalement à ta collection d’entreprise, dé-sexualisée et anti-provocatrice. Une autre façon pour moi d’entrevoir la mort, c’est intéressant.
BA : J’ai tout de même cédé pour une trentaine de millions de dollars Rebus, le tableau phare de Rauschenberg, acheté 8. Et je suis maintenant installé à Paris avec ma Fondation Vuitton, pendant que toi tu dois rester dans tes gondoles à Venise. Paris, j’ai tout pris à Paris. Cette marque m’appartient. J’achète au fur et à mesure tous les plus beau rez-de-chaussée de ma ville pour vendre des parfums et des sacs à mains. Les gens adorent. Je gagne du terrain chaque jour. Sans que personne n’ose rien me dire.
FP : Tu es un démolisseur anti-démocratique. Tu exploites l’homme. Tu méprises l’humain. Tu ne sais pas ce qu’est un artiste. Tu es un imposteur dans l’art contemporain comme dans la mode.
BA : Excuse moi de te couper, mais je vais devoir te rappeler que tu es élu Breton de l’année 2006 par Armor Magazine alors que moi j’allais être Commandeur de la Légion d’honneur. Et puis si tu réfléchis bien j’ai été Grand officier de la Légion d’honneur avant toi. Moi en Juillet 2011 et toi tu as dû aller pleurer pour l’avoir en Décembre 2011. Pour ton information, j’ai été depuis Chevalier de l’ordre de l’Empire britannique.
FP : Quand tu étais à la maternité, j’avais déjà parcouru toute la seconde guerre mondiale. Je suis un guerrier et toi un suiveur. Tu aimerais être moi au fond de toi, dans tes rêves et fantasmes les plus secrets. Tu vis ma vie par procuration depuis toujours, sans vouloir l’admettre. Abdique pour une fois, confesse toi pour parler ta langue.
Je suis le mécène de l’art comme tu es, au mieux, la ménagère de la mode.
BA : Tu crois que tout ça vient d’un simple malentendu ?
FP : Peut-être. C’est tout de même fou quand on y réfléchit. Avec nos noms et prénoms nous n’étions pas prédestinés à contrôler le pays. On est quand même plus proches de François Pignon dans Le diner de cons que d’un Sultan dans son Palais d’argent.
BA : Tu as raison. En tout cas on aurait été mieux ensemble, non ? L’un à côté de l’autre ou même l’un dans l’autre…
Tu vois ce que je veux dire ? Un peu plus que main dans la main. On aurait tout mutualisé. En plus de contrôler la France, on aurait prit l’Europe entière. Qu’est ce qu’on aurait joui. Tu crois que c’est trop tard ? On peut essayer non ? Au moins une nuit ? Au pire, j’ai de quoi payer…

Galerie
Publié le 02/01/2016