Art

Chris Burden : performer, provocateur et publicitaire

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Vous vous souvenez, en 1983, quand Dennis Hopper (visiblement saoul et plein de cocaïne) a livré sa version du « russian dynamite death chair act » ? La scène a été maladroitement immortalisée sur pellicule et on peut la trouver sur youtube. Quel rapport avec Chris Burden ? Aucun en fait. Si ce n’est la mise en danger de sa propre personne.

Mais là où ça diverge clairement, c’est que le sens de l’explosion par Dennis Hopper (alors mondialement connu) n’est pas le même que celui de Burden (illustre inconnu) quand il se fait volontairement tirer dessus plus de dix ans auparavant.

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Burden a commencé en tant que performer. Et il n’y est pas allé de main morte. Il a été la victime consentante d’un tir de 22 Long Rifle dans le bras, il a rampé en slip, les mains attachées dans le dos, sur plusieurs mètres dans du verre pilé sur un trottoir de Los Angeles, il s’est fait enfermer 5 jours dans un casier d’étudiant, il s’est presque noyé dans un lavabo, il a été crucifié sur la lunette arrière d’une voiture que l’on a lancée sur la route à pleine vitesse pendant deux minutes, il a été électrocuté, soumis à une énorme plaque de verre, jeté dans l’escalier…

Un peu punk avant l’heure, sans crête, épingle ou artifice. Juste la rage de vivre une époque.
Qui a dit « l’art c’est la vie » ? Burden avait bien saisi cet axiome. Mettre sa vie au service de son art. Aux Etats-Unis au début des seventies, c’était dur à piger. Mal perçu. La provocation.
Ca prend du sens de nos jours, non ? Maintenant on fait une polémique incroyable à propos d’une statuette de Jesus dans un verre de pisse, à propos d’un sapin géant gonflable qui évoque un plug anal… Plutôt profond, non ?
Mais sans rire: et l’art ? Eh bien l’art c’est au deuxième plan.
Jeff Koons a voulu suspendre la réplique d’une énorme locomotive à une grue. Une chose morte en suspend. Ok. Seulement, Burden l’a déjà fait. En mieux. C’était d’énormes poutres d’acier lâchées dans une marre de béton, certes. Mais c’était vivant. On l’a vu (on voit même les éclaboussures de béton et les étincelles), on l’a entendu, et pour ceux qui étaient sur place on l’a probablement senti et même ressenti. J’ajoute qu’une fois terminée la phase de largage, il en résultait une oeuvre auto générée. Quelque chose de spontané. La vie.

A partir de 1973, Burden a acheté du temps d’antenne sur une chaine de télé et fait passer des « advertisements », notamment 10 secondes de la vidéo dans laquelle on le voit ramper sur du verre pilé. Ces 10 secondes sont passé 4 fois par semaine pendant 4 semaines. Et il a fait diffuser d’autres « ads » jusqu’en 77. Il s’est propulsé directement chez les (télé)spectateurs.

Puis il s’est orienté vers des installations. Mais qui touchent toujours à l’Homme. Qui impliquent l’Humain. Quand Rodney King se fait tabasser par les forces de l’ordre en 93, la réaction de Burden sera d’exposer des uniformes de police géants. Plus tard il créera des maquettes de villes. Il mettra une voiture sur un portique en équilibre avec un rocher. Il fabriquera une grande roue que l’on actionne avec une moto….

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Il y a peu, Chris Burden est mort. Pas en mettant sa vie en danger pour performer, non. Ca c’était il y a 40 ans. Il est mort bêtement d’un mélanome.
Mais ça n’est pas si grave. Quelque part, dans l’inconscient collectif, il se démène sur un trottoir plein de verre pilé, il se fait tirer dessus, il se fait jeter dans l’escalier, il se fait crucifier….

Quelque part, il est toujours vivant.

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Publié le 21/05/2015