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[Visionnaire] Pasolini analyse la télévision avec 50 ans d’avance

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« La télévision est un média de masse et en tant que média de masse elle ne peut que nous commercialiser et nous aliéner.
Selon moi la télévision est plus forte que tout cela et j’ai bien peur que sa médiation ne finisse par être tout. Le pouvoir veut que nous parlions d’une certaine façon et c’est justement cette façon de parler qui caractérise les ouvriers, dès qu’ils abandonnent leur monde quotidien, leur famille ou leur dialecte en extinction. Dans le monde entier, tout ce qui vient d’en haut est plus fort que ce qui est voulu d’en bas.
Il n’y a pas un mot prononcé par un ouvrier intervenant dans une assemblée qui ne soit voulu d’en haut. Ce qu’il reste d’originel chez un ouvrier c’est tout ce qui n’est pas verbal, par exemple sa physionomie, sa voix, son corps. La férocité était terrible et à l’ancienne, les camps de concentration de l’URSS, l’esclavages dans les démocraties orientales, l’Algérie…

Cette férocité à l’ancienne perdure naturellement, mais au delà de cette vieille férocité, il y a la nouvelle férocité qui consiste dans les nouveaux instruments du pouvoir, une férocité si ambiguë, ineffable, habile qui fait que rien de bon ne persiste sous son influence.
Je le dis sincèrement, je ne considère rien de plus féroce que la banalisation de la télévision. Moi en tant que téléspectateur j’ai vu défiler dans cet écran, une infinité de personnages : la Cour des Miracles d’Italie. Il s’agit d’hommes politiques de premier plan. Bref, la télévision faisait et fait d’eux des bouffons, elle reprend leur discours en les faisant passer pour des idiots, avec toujours bien sûr leur accord tacite. Ou encore, au lieu d’exprimer leurs idées, elle lit leurs interminables télégrammes non résumés évidement, mais tous également idiots. Idiots ! Comme toute expression officielle.
La vidéo est une terrible cage qui nous tient prisonnier de l’opinion publique, servilement servit pour obtenir l’avilissement total.

En réalité, rien en substance ne différencie les communiqués de la télévision de ceux de l’analogue communication radiophonique fasciste, l’important est une seule chose : qu’il n’en ressorte jamais rien qui ne soit rassurant. L’idéal petit-bourgeois à la vie tranquille et moraliste (les bonnes familles ne doivent pas avoir de malheurs) se projette comme une sorte de furie implacable dans tous les programmes télévisés et dans chacun de leurs plis. Tout cela exclut le téléspectateur de toute participation politique, comme au temps du fascisme. Il y a quelqu’un qui pense pour eux, et il s’agit d’hommes irréprochables, sans peurs et sans difficultés, ni accidentelles, ni corporelles. De tout cela nait un climat de terreur. Moi, je vois clairement la terreur dans les yeux des présentateurs et de leurs invités officiels. On ne peut y prononcer aucun mot scandaleux, en fait, on ne peut y prononcer aucun mot, d’une manière ou d’une autre, en fait, on ne peut y prononcer aucun mot, d’une manière ou d’une autre, qui soit vrai. »

"Maintenant, contrairement au régime fasciste, nous avons un régime démocratique mais ce « culturicide », cette uniformisation que le fascisme même n’a jamais réussit à obtenir le pouvoir d’aujourd’hui, celui de la société de consommation, qui réussi à l’obtenir parfaitement en détruisant les différentes réalités particulières, en enlevant du réel aux diverses façons d’être des humains, que l’Italie a produit historiquement de manière très différencié.
Donc ce « culturicide » est en train de détruire l’Italie et on peut dire sans hésitation que le vrai fascisme, c’est le pouvoir de cette société de consommation."
"Elle est arrivée si rapidement qu’on ne s’en est même pas rendu compte ces cinq, six, sept… dix dernières années. Ça a été comme une sorte de cauchemar dans lequel on a vu l’Italie se détruire jusqu’à disparaître et maintenant en se réveillant, on regarde autour et on se rend compte qu’il n’y a plus rien à faire…"
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Publié le 09/11/2015