Mode

SUPREME ou le petit guide pour s’en mettre plein les fouilles en vendant du vent

+1+2+3+4+5

Avec seulement 11 boutiques réparties sur le globe, la marque SUPREME pèserait aujourd’hui près d’un milliard de dollars. Créée par l’anglais James Jebbia en 1994, l’enseigne streetwear s’est rapidement muée en symbole du cool absolu. A tel point que certains passent des nuits blanches sur le trottoir à attendre le nouveau « drop » de la semaine. Et cette gigantesque mascarade dure depuis maintenant 24 ans…

Et la tendance va de mal en pis. En effet, lors de la récente vente aux enchères organisée par Artcurial, quelques plaisantins ont pris leur pied en s’arrachant un t-shirt sous blister à 9 800€ ou encore la fameuse malle Courrier Vuitton revisitée pour la modique somme de 88 400€. Quand on sait que le fondateur de la marque n’a jamais mis un seul orteil sur un skate, franchement… RESPECT !

On a minutieusement étudié la stratégie de cet incontestable génie du marketing. Et parce qu’on n’est pas des crevards, on va vous faire croquer un peu. En route vers la gloire !
Bon déjà, que tous ceux qui n’ont pas été acteur dans des séries pour la BBC durant leur enfance descendent du wagon. Pas le temps pour les losers. Les autres, assurez-vous de faire les bonnes rencontres : faites-vous embaucher par une marque stylée avant vos 30 ans et emmagasinez un max d’expérience et de contacts. Ensuite, ça roulera tout seul !

En effet, il vous suffira de voler la création d’un.e super artiste (au pif, Barbara Kruger) et de vous l’approprier l’air de rien dès votre première campagne en clamant que de toute façon vous vous en battez les couilles puisque vous êtes « antisystème ». En plus, on vous croira car vous aurez pris le soin de vous forger une légitimité en ne vous entourant que de cool kids tout droit sortis d’un film de Larry Clark (on entend par là des vrais skateurs) – du moins au début, juste le temps de bâtir votre street cred, quoi.

Ceci étant fait, il va falloir s’acoquiner avec la population opposée : les grosses reustas (cohérence quand tu nous tiens). Ne choisissez que des gens que notre humble société considère comme transgressifs mais branchouilles, un poil arty de préférence (Kate Moss, Neil Young, Terry Richardson etc.). Evidemment, un peu de manipulation émotionnelle en foutant Kermit des Muppets au milieu de tout ça augmentera votre capital sympathie. Un soupçon de nostalgie créé de l’attachement, c’est bien connu…

Pour les produits, ne vous prenez pas trop la tête. Faites des bails simples avec une qualité correcte. Ce sera amplement suffisant. De toute façon, avec toutes ces célébrités que vous aurez arrosées de vos produits, les designers des plus grandes marques (Nike, Vans, The North Face et même Louis Vuitton) s’agenouilleront sagement pour faire des collabs « exclusives » dans tous les sens.

Surtout, gardez en tête que le maître-mot pour régner, c’est la rareté. Soyez pervers. Créez-la, entretenez-la, contrôlez-la au maximum. Moins vous en filerez, plus les gens auront la dalle et plus votre marque restera hype.

Voilà. Après, y a juste à miser sur l’effet de troupeau. En effet, les hypebeasts ne sont guère que des crétins bien habillés. Rendez-les fous avec des capsules ultra limitées, habillez leurs rappeurs préférés, inventez un système grotesque de liste secrète pour se procurer vos produits. Promis, ils tendront la fesse pour se la faire fouetter et seront prêts à dépenser des sommes astronomiques pour vous acheter des slips ou des pieds de biches griffé du box logo culte (véridique).

Maintenant, tout est fin prêt pour l’étape ultime : l’orchestration votre propre marché noir ! Parce que laisser des proxies se multiplier, c’est la seule façon de faire flamber les prix (donc la désirabilité) et de vous frotter les mains en voyant sur e-bay ou instagram des sweats vendus 10 (100) fois leur tarif initial. Evidemment, vous prendrez le soin de dire à la presse avec votre gueule candide que vous n’êtes « pas fan » du recel. Après tout, c’est vrai, ils n’ont qu’à se trouver un vrai boulot ces connards revendeurs précaires.
Enfin, il ne vous restera plus qu’à prier pour que ça dure toute la vie. Car oui, vous aurez bel et bien mis au monde une véritable religion – et les abrutis de fanatiques qui vont avec.

Entre nous, vous avez tout à fait le droit d’être fan de streetwear, ce n’est pas le goulag non plus... Mais on vous invite à le faire avec une distance réglementaire. D’ailleurs, si vous avez envie d’une patte un peu plus originale que de la Futura Heavy Oblique sur fond rouge, on a un truc pour vous. En effet, on vous conseille de jeter un œil du côté de Fucking Awesome et son sous-label Hockey (Anthony 'AVE' Van Engelen et Jason Dill). C’est abordable, solide et brut comme le macadam. Et si en plus vous êtes prêts à vous abaisser à kiffer un bon rapport qualité-prix, ça peut peut-être vous intéresser.
Galerie
Publié le 14/06/2018