Interview

Bernard Werber

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Il y a 25 ans, il publiait un livre au synopsis improbable. Une approche scientifique de la fiction, nouvelle en France. 20 millions de ventes dans 30 pays plus tard, Bernard Werber fait partie du paysage littéraire hexagonal. Mais il ne s’est jamais installé au centre de la photo. Malgré ses ventes faramineuses. Toujours un peu en marge. Jamais totalement intégré. Peut-être à cause de cette écriture faussement candide.

En faisant souvent appel au bestiaire et en utilisant la morale, vos récits ressemblent à des fables.

La notion de fable me plaît. Je suis un fan absolu de La Fontaine. C’est un grand philosophe et un grand politicien. Mais il avait l’intelligence de venir déguisé. La fable a un avantage, c’est qu’elle est populaire, alors que le mythe amène des dérives, religieuses entre autre, avec des gens qui se disent avoir la seule interprétation du mythe.

La Fontaine souffre d’une image de légèreté. Vous aussi.

Oui, comme tous les gens qui ne font pas de la littérature introspective. De Rabelais à Jules Verne. De Pierre Boulle à Barjavel. Je préfère cette littérature et pas le petit monde parisien.

Il y a un moment, dans Cassandre entre autre, on sentait que vous le viviez moins bien.
Oui, ça va. Je suis visible. Je voudrais que d’autres auteurs de talent aient plus de visibilité. Il y en a beaucoup de bons, mais qui ne font pas de longues phrases autobiographiques. Des phénomènes comme Dan Brown ou Harry Potter ne seraient pas possibles en France.

Préférer l’introspection un peu lourde à la narration populaire, c’est une critique qu’on entend plus souvent dans le cinéma.
Oui, dans les deux un groupe dit avoir la vérité et on ne les remet pas en questions. J’allais dire que c’était le cas depuis Duras, mais Rabelais déjà racontait ça. Il les appelait les pisse-vinaigre. C’est surtout dommage pour les lecteurs, parce que la culture c’est aussi l’ouverture et pas seulement la dépression, l’alcoolisme et raconter comment mon amant m’a trompé.

D’où l’amour de la science comme une porte de l’imagination.

Ce qui me dérange dans le système français, c’est qu’il n’aime que le passé et l’introspection. Comme si en voiture, on ne regardait que le rétro et le tableau de bord. Il y a des informations intéressantes, mais il y a un grand risque de prendre un platane. Quand on ne se pose plus de questions et qu’on se fout de l’avenir, on est bon pour la tombe.

Vous êtes misanthrope ou pas ?

J’essaie de comprendre l’espèce humaine pour trouver une solution, je ne dis pas qu’on est foutu. Quant à l’avenir, je suis pessimiste sur le court terme et optimiste sur le long terme. Historiquement, à chaque fois qu’il y a une erreur à faire, elle est faite. Mais après, il y a toujours une génie qui compense. L’histoire de l’humanité, c’est un tas de couillons et quelques génies. Entre la chute de l’empire romain et la Renaissance, on a perdu 1.000 ans.
Je ne vois pas comment contrer le forces rétrogrades. Ils ont une pensée simple alors que les gens qui font avancer les choses ont besoin de complexité.

Que feriez-vous si vous étiez président de la République ?
Je participerais à un système de contrôle des naissances. On ne peut pas être dix milliards de personnes raisonnables, éduquées et en paix. Il faut une réflexion sur le contrôle des naissances. Quand on regarde une fourmilière, dès qu’elles sont trop, elles s’entre-tuent. Dans la nature, les végétaux font pareil.
Ensuite, je ferai un grand audit de notre société avec le but qu’elle soit meilleure pour nos enfants.

Il me semble que vous avez déjà écrit sous drogue.

Un seul livre, oui, Les Thanatonautes. C’était une expérience cadrée. Je voulais savoir comment cela modifiait l’écriture. Je l’ai fait avec la musique et au fond, c’est la musique qui m’a inspiré. Je l’ai fait avec un chronomètre pour mesurer les effets. Avant d’écrire, je savais quelle scène je devais écrire et comment. Mais je préfère la musique. Je peux en doser les effets et il n’y a as d’addiction. C’est comme les drogués au vin rouge. Il y a le Château Pétrus 1961 et la vignasse. Pour Les Thanatonautes, j’utilisais une herbe du Brésil. Je connaissais les effets.

Comment expliquez-vous que vous vendiez autant de livre et que vous soyez aussi peu adapté au cinéma ? Alors que Jean-Christophe Grangé adapte tous ses livres.
Parce qu’on est en France. Grangé ressemble à ce qui a déjà été fait. Ils connaissent. Moi, c’est nouveau. Ils n’ont aucun repère dans le cinéma.

Dernière question : j’ai l’impression que vous ne vieillissez pas sur les photos.

C’est l’intérêt d’être chauve.

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Publié le 17/11/2016