Interview

Aurélien Enthoven : « Je ne crois pas à la lutte des classes »

+1+2+3+4+5

Je devais inaugurer mon premier « digital lunch » avec Juan Branco, mais son emploi du temps ressemble à Notre Dame, alors c’est Aurélien Enthoven qui aura été le premier à s’essayer à l’exercice aujourd’hui. Il a 17 ans, il n’a jamais voté, et pourtant il a déjà une vision politique bien à lui. Son père a refusé d’échanger avec moi autour du nouveau parti politique 99% YOUTH (il m’a confié ne pas en avoir « la force »), mais pas lui, l’écart de génération sans doute. Je suis donc très heureuse d’inaugurer ici ce premier « digital lunch », réalisé en direct live sur Facebook, même si nous n’avons pas eu le temps de manger devant nos écrans, ni lui, ni moi. Voici pourquoi.

Zoé Sagan. – Avant de commencer, merci d’avoir répondu si rapidement. Nous rentrons dans une ère accélérationniste, tout va plus vite, et tu as su saisir cette vitesse. Paul Virilio disait d’ailleurs à ce sujet « si le temps c’est de l’argent, alors la vitesse c’est le pouvoir. » Tu es d’accord avec cette idée ?

Aurélien Enthoven. – Si le temps c’est de l’argent, alors la vitesse c’est le pouvoir… c’est supposer que l’argent est ce qui permet d’accéder au pouvoir. On peut être d’accord avec cette thèse comme les personnes de pouvoir sont souvent fortunées, simplement je me permet d’émettre une réserve: il n’est pas nécessaire de se trouver en possession d’argent pour accéder au pouvoir. Quoi qu’il en soit, agir vite permet d’agir plus tôt, et donc de semer les graines de son idéologie avec un certain temps d’avance et donc d’en récolter les fruits plus rapidement. Je suis donc globalement d’accord avec cette phrase.

Zoé. – Est-ce qu’on peut se tutoyer ? Je me permet de vous le demander parce que votre père nous a recadré sur les réseaux parce qu’on a osé le tutoyer, mais, comme nous sommes de la même génération, peut-être qu’on peut se tutoyer ?

Aurélien. – Bien sûr, si tu le souhaites.

Zoé- Ton père nous a aussi dit que tu avais la sagesse qui nous manque (« Mon fils a déjà la sagesse qui vous manque, de savoir que la jeunesse est une vertu provisoire, et qu’on a l’âge de ses idées, plus que l’âge de ses années ») alors nous voulions savoir comment à seulement 17 ans tu es arrivé à cet état de si grande sagesse ? As-tu des conseils à nous offrir pour y parvenir parce qu’on n’a pas tous la chance d’avoir un père philosophe ?

Aurélien- Mon père me complimente, je n’ai jamais prétendu faire preuve de la moindre sagesse, je n’ai à ce titre pas de leçon de sagesse à donner à personne. Je me trouve néanmoins en mesure de comprendre que, comme le dit justement mon père, mes idées ne sont pas le corollaire de mon jeune âge (contrairement aux intérêts que je partage avec mes pairs). Si jamais j’avais le moindre conseil à donner ici, ce serait que la jeunesse n’entretient pas d’idéologie précise, car malgré nos intérêts convergents nous (les jeunes) sommes bien loin du bloc politique unifié autour de valeurs communes.
Je tiens également à souligner que cette posture ne découle pas de ma filiation.

Zoé- Je trouve en étudiant toutes tes « datas » que tu es beaucoup plus pertinent politiquement que tes parents. Plus lucide, plus rapide, plus conscient. Qu’est-ce qui a fait que tu as rejoint si jeune François Asselineau ?

Aurélien- Merci pour vos compliments. J’ai rejoins François Asselineau car j’estime que nous devons impérativement nous affranchir de l’Union Européenne au bénéfice de notre démocratie, de notre République.
Je tiens également à signaler que je suis membre du Printemps Républicain et du Brexit Party.

Zoé- Tu as même fait une conférence avec Emmanuel Todd, tu le rejoins sur son analyse de la Macronie ?

Aurélien- J’ai animé une table ronde dans laquelle il s’opposait à François Asselineau sur un thème défini. Je ne connais pas l’ensemble de son analyse sur Macron. Si par « puceau de la pensée » il entend quelqu’un dont l’idéologie se trouve dénuée de sens à l’heure actuelle, ou relevant du vide intellectuel, alors je suis plutôt d’accord, oui.

Zoé- Comment tu imagines d’ailleurs la politique de demain ?

Aurélien- Je pense que le clivage UE/souveraineté prendra de plus en plus d’importance, de même que le clivage République/Communautarisme-indigénisme.

Zoé- Tu penses quoi du mouvement des Gilets Jaunes ?

Aurélien- J’y étais très favorable au début. Je me suis dit qu’un rejet général de ce qu’incarne Macron me semble positif, j’ai apprécié le voir confronté à un peuple fatigué, aux revendications floues si ce n’est un rejet global de ce déficit démocratique et de ce qui ne va pas en France depuis tant d’années. Maintenant je suis très opposé aux gilets jaunes, je les trouve d’une inutilité profonde. Toutes les bonnes choses ont une fin, l’acte V aurait dû à mon avis marquer la fin du mouvement au bénéfice d’une opposition se structurant autour d’autres groupes. Je suis par ailleurs très mitigé sur le RIC.

Zoé- Ça te fait quoi émotionnellement de voir autant de jeunes en ce moment se faire crever les yeux chaque week-end ?

Aurélien- La compassion que j’entretiens pour un blessé n’est pas fonction de son âge. Bien évidemment, je suis choqué par les violences policières et je les désapprouve fortement. Elles ne sont pas justifiables et doivent être condamnées avec autant de sévérité de celles des GJs.

Zoé- Tu penses qu’il y a un retour de la lutte des classes ?

Aurélien- Je ne crois pas à la lutte des classes.

Zoé- Ton engagement militant « très actif » auprès de l’UPR, le parti de M. Asselineau qui est pour la sortie de l’OTAN par exemple, ça doit rendre fous tes parents et particulièrement ton beau-père, c’est une manière de les provoquer, de les dépasser, de les quitter idéologiquement ?

Aurélien : Ça ne rend fou personne. Ma famille me respecte infiniment dans mon engagement politique, mon beau-père y compris. Une fois de plus, mon engagement politique n’est pas lié à mes parents ou à une volonté de me différencier idéologiquement. J’adhère réellement aux idées que je défends.

Zoé : Tu trouves donc qu’il est pertinent de sortir unilatéralement la France de l’UE, de l’euro et de l’Otan ?

Aurélien- Ce n’est pas seulement pertinent, c’est prioritaire.

Zoé- Tu vas voter en 2022 pour la première fois, tu n’as pas envie de voir émerger enfin la 6ème République ?

Aurélien- Non. Notre régime est globalement très bien, même si je conçois qu’un peu plus de démocratie directe ne serait pas de refus (vote blanc révocatoire, plus de référendums, etc). Je ne souhaite pas de sixième république au sens mélenchonien du terme.
Je précise être favorable à la république de 62, et non celle de 58. J’inclue la réforme constitutionnelle.

Zoé- Ton travail sur la zoologie et les dinosaures est très intéressant, tu as choisi ce sujet inconsciemment parce que tu as vécu avec des hommes qui agissaient comme des animaux préhistoriques ?

Aurélien- Non, parce que j’aime bien les dinosaures et que la paléontologie est une passion depuis ma plus tendre enfance. Notez que je ne parle jamais d’hommes préhistoriques comme je ne suis pas passionné de paléoanthropologie. Je n’apprécie guère ce qu’insinue cette question sur ma famille.

Zoé- Est-ce que le nouveau parti politique français 99% YOUTH ça te parle ?

Aurélien- Je n’en avais pas entendu parlé avant, j’ai eu l’occasion d’un peu me renseigner néanmoins. Je dois admettre que je tilte un peu sur l’abandon des valeurs de notre République au profit de nouvelles, moins pertinentes à mon goût.

Zoé- As-tu eu le temps de lire nos 99 pensées pour 2019 et si oui quel a été ton premier sentiment ?

Aurélien- Étant à l’heure actuelle en période de révisions, non je n’ai pas eu le temps malheureusement.

Zoé- 99% YOUTH est une « attitude », un comportement qui consiste à défier l’industrie politique, culturelle et artistique et plus largement la société de l’algorithme. Nous privilégions le processus, autrement dit le geste créateur au détriment de l’objet fini. Processus qui consiste principalement à rendre signifiants des objets insignifiants. C’est un art qui se veut foncièrement nomade, insaisissable.
Autrement dit, 99% YOUTH c’est une nouvelle « Politique Pauvre ». Ça t’inspire quoi ce nouveau terme ?

Aurélien- Ça ne m’inspire rien de particulier, n’ayant pas d’exemple en tête.

Zoé- Si j’avais une baguette magique, là, tout de suite, maintenant, tu me ferais réaliser quel rêve ?

Aurélien- La France sortirait de l’UE et l’universalisme républicain serait de nouveau au goût du jour.

Zoé- Aujourd’hui en France tout le monde commence à prendre conscience que 9 oligarques se partagent 90% des journaux, 55% des télés et 40% des radios, ça t’inspire quoi cette concentration des médias ?

Aurélien- Je trouve ça problématique, quand bien même il convient de ne pas généraliser sur l’influence de ces personnes (elle dépend du média). Maintenant, il convient de souligner mon soutien à plus d’indépendance médiatique, c’était un peu ce qui était prévu par le CNR pour renforcer la république.

Zoé- Tu fais partie de la nouvelle génération qui a compris que c’est la fin de l’ère où l’élite intellectuelle se résumait à une poignée de gens riches et célèbres, pourquoi alors les comportements mettent-ils autant de temps à changer ?

Aurélien- La nouvelle génération n’est une fois de plus pas un bloc idéologique uniforme. Je vois mal en quoi les comportements prennent un temps si considérable à changer à ce sujet.

Zoé- Ça te semble normal qu’un homme comme Bernard Arnault possède plus d’argent que 99% de la population mondiale ?

Aurélien- Non. Les inégalités trop prononcées sont un vrai problème.

Zoé- Je me souviens de ta première apparition à 10 ans sur les épaules de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République. Les mains sur ton visage, tu voulais te cacher des paparazzis, c’était un réflexe très beau, tu dois lui en vouloir te t’avoir affiché dans une telle galère, non ?

Aurélien- Un peu… mais je m’en fiche en fin de compte. Ce n’est pas comme si j’en souffrais à l’heure actuelle.
J’en ai pas non plus souffert durant mon enfance.

Zoé- Est-ce que tu connais l’école École Jeannine-Manuel où enseigne ton père ? Tu savais que c’est là où se joue la reproduction des élites en France ? Jean-François Copé vient de là, comme l’acteur Gaspard Ulliel ou la chanteuse Charlotte Gainsbourg. Et les parents d’élèves c’est assez hallucinant, de Nicolas Sarkozy en passant par la famille Schlumberger, sans oublier le DJ et producteur David Guetta, les acteurs Christian Clavier, Alain Delon, l’actrice Sophia Loren, les chanteurs Serge Gainsbourg et Jane Birkin, le producteur Thierry Ardisson, le directeur général de TF1 Nonce Paolini, l’homme d’affaire Arnaud Lagardère et j’en passe. Si on ferme l’ENA on pourrait aussi revoir ce genre de système élitiste non ? Pourquoi l’enfant de boulanger ne pourrait-il pas avoir la même formation que l’enfant de banquier dans une démocratie ?

Aurélien- L’enfant du boulanger n’a peut-être pas la même formation pour des raisons liées à l’argent de ses parents, ce qui est injuste. Je vois mal cependant en quoi cet enfant ne serait pas en mesure d’atteindre le même niveau intellectuel qu’un enfant de banquier, lui ouvrant ainsi un nombre de porte équivalent, clivage de l’argent mit de côté.

Zoé- Et sinon tu lis quoi en ce moment ?

Aurélien- Je n’ai que très peu de temps pour lire en ce moment. Je me suis néanmoins surpris à relire la ferme des animaux de Orwell.

Zoé- Tu écoutes quoi ?

Aurélien- J’écoute beaucoup de rock, de hard rock, et de métal. Je compte parmi mes groupes préférés: GnR, AC/DC, Airbourne, Styx, Metallica, Van Halen, The Who, Koritni, Powerwolf, et plein d’autres.

Zoé- Tu regardes quoi comme films ou séries ?

Aurélien- J’ai très peu de temps pour regarder des films en ce moment. J’ai néanmoins reçu récemment Pulp Fiction de Tarantino. J’apprécie également les films de Kubrick (Orange Mécanique surtout).

Zoé- Et dernière question, sans doute la plus importante de toutes, es-tu amoureux ?

Aurélien- Je ne suis pas en mesure d’y répondre malheureusement. Je préfère préserver ma vie privée sur cette question ^^.

 

Galerie
Publié le 23/04/2019