Art

Steve McQueen, l’art de l’installation filmique

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En plus d’être le réalisateur de long-métrages remarquables tels que Hunger, Shame ou encore 12 Years a Slave, Steve McQueen est avant tout un artiste contemporain qui compte aujourd’hui dans le marché de l’art mondialisé.
Une partie de son travail est présenté aujourd’hui à Paris grâce à la Galerie Marian Goodman qui dévoile une installation murale composée de soixante dix-sept néons bleu foncé représentant chacun une forme manuscrite de la phrase Remember Me ainsi que deux œuvres sculpturales, Broken Column et Moonlit. En plus d’être d’une puissance esthétique folle, les œuvres de McQueen nous font immédiatement réfléchir, même la personne la plus imperméable à l’art contemporain ne pourrait pas rester insensible, et là est le génie de l’artiste-réalisateur.
Prenons par exemple Ashes, son œuvre immersive constituée de deux films projetés simultanément de part et d’autre d’un même écran suspendu. C’est tout d’abord le portrait d’Ashes, un jeune homme originaire, comme la famille de l’artiste, de l’île de la Grenade. Souriant et espiègle, jouant avec l’objectif de la caméra, Ashes se tient à la proue d’un bateau au large de la mer des Caraïbes. Les séquences datent du tournage d’une autre œuvre de McQueen intitulée Caribs’ Leap (2002). Saisies sur le vif et tournées en Super 8 par le chef opérateur Robby Müller, ces images illustrent la composante documentaire du travail de McQueen.
Comme l’explique la Galerie, « l’insouciance et l’apparente liberté d’Ashes contrastent avec le contenu du second film visible de l’autre côté de l’écran réalisé huit ans plus tard dans un cimetière de la Grenade, loin des images de carte postale de l’île caribéenne. « La vie et la mort se sont toujours côtoyées, dans tous les aspects de la vie » dit Steve McQueen. « Nous vivons quotidiennement avec des fantômes. »
L’intensité de la pièce réside dans l’antagonisme des deux projections (vie et mort, espace infini et espace clos) associé à une voix hors champ. McQueen utilise le mode du monologue pour tisser les fils d’un récit absent des images. Par le biais de ce dispositif le témoignage oral des amis d’Ashes fait de chaque spectateur un témoin du drame. » Nous nous en souviendrons. Parole d’APAR.

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"Je veux mettre le public dans une situation où chacun devient très sensible à lui-même, à son corps, à sa respiration."
Steve McQueen.

Jusqu'au 27 Février à la galerie Marian Goodman.
Né à Londres en 1969, Steve McQueen rapporte: «J'ai découvert la réalisation, et je me suis dit: «ça y est, c'est ça!», ce fut un instant «Euréka». J'avais 19 ans.» En 1993, alors qu'il termine sa formation à l'Université Goldsmiths de Londres, il présente sa première vidéo, Bear au Royal College of Art de Londres. Ce premier film dévoile déjà certains des thèmes que l'artiste ne cessera d'explorer dans les années 1990 comme le rapport du corps à l'espace. Son travail est récompensé par le Turner Prize en 1999.
Galerie
Publié le 21/02/2016