Cinéma

L’union de Steven Spielberg et Jack Ma accélère notre descente aux enfers

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Une annonce qui en dit long sur le monde qui nous attend.
L’accord entre Alibaba Pictures et Amblin Entertainement a été annoncé lors d’un événement très bizarre.La société de production Amblin Entertainement de Steven Spielberg a accepté un investissement minoritaire de Alibaba Pictures, société appartenant à Jack Ma. Les deux parties ont tout naturellement organisé une conférence de presse à Beijing dimanche.
Il n’y avait pas de détails sur l’accord publié. Au lieu de cela, ils ont souligné la coopération entre d’un côté, une éminence Hollywoodienne, et de l’autre, le top de la tech.
Le titan chinois va donc adapter les films co-produits pour les spectateurs chinois. Alibaba et Wanda Group, qui est dans la course pour acheter Dick Clark Productions, se battent pour avoir le plus d’influence sur le deuxième plus grand marché au box-office mondial.

Décryptons maintenant ce que peut bien vouloir signifier ce genre de « deal ».
Lorsque l’on pense par exemple à la société Amblin Entertainement de Steven Spielberg ont constate que les banlieues du nord de la Californie sont la capitale mondiale de la culture. L’Apple Campus 2 (Inifinity Loop) en construction à Cupertino, Californie, est maintenant le projet Zee-Town financé par Facebook et pensé par Franck Gehry, sont les composantes d’une culture digitale du 21ème siècle parfaitement pensée, et qui remplace l’idée et la mythologie de la communauté créatrice.
Ce lien historique entre un groupe d’artistes et une zone urbaine ruinée et sous-cotée dans laquelle leur élans artistiques naissent et grandissent, c’est non seulement de l’histoire, mais aussi la pire des nostalgies.

C’est ce principe mondial qui est le cœur de toute la machinerie de la propagande du monde de l’art, des médias et de la mode.
De SoHo à New-York, à Williamsburg&Bushwick à Brooklyn, en passant par Shoreditch, Hoxton et Spitafields à l’est de Londres, et maintenant DTLA au centre-ville de Los Angeles, cette histoire de plus de cinquante ans, d’enclaves urbains où de jeunes artistes rebelles et visionnaires se rencontrent et génèrent les idées novatrices qui maintient la culture en vie et en mouvement, est devenue un mythe.

Ce processus urbaniste est maintenant industriellement financé et géré pour créer une ghettoïsation de la culture, pour son contrôle, son développement et sa distribution.
La culture, qui grandit dans un rapport inter-individuel et la compétition, et qui a donné les idées les plus innovantes, a désormais été remplacée par une multitude de plates-formes et des collections de données par les employés (supposément) d’Apple et Facebook, qui agissent comme des agents de surveillances pour des entreprises cachées et les gouvernements.

Le siège de CCTV (China Central Television), designé par Rem Koolhaas à Pékin, est absolument identique, dans son programme et son objectif, à l’immeuble de la Fondation Louis Vuitton, pensé par Franck Gehry, à Paris.
Cet objectif, c’est le modelage d’une identité humaine unique, programmé par les communication et les spectacles, avec pour seul but, une addiction totale aux célébrités et à la consommation par les marques, le tout pensé comme un loisir. L’alchimie culturelle de Marcel Duchamp a été écrasée par la sorcellerie de Mickey Mouse.

Kris Kardashian à la même rôle dans ce début de 21ème siècle qu’Andy Warhol au 20ème siècle, c’est-à-dire définir la hiérarchie de l’intégration de ce nouveau monde. La transformation de qui décide ce qu’est une révolution culturelle et qui est une icône culturelle s’est produite si rapidement, et avec toute l’aide des mondes de la mode, de l’art et du sport, que très peu de critiques se sont rendues compte, ou plutôt, je pense, n’ont pas voulu analyser ce qui se passe, de peur de ne plus être invitée aux grandes fêtes des nouveaux rois.

Tim Cook, Mark Zuckerberg, Bernard Arnault, François-Henry Pinault, Jonathan Newhouse, Anna Wintour, Graydon Carter, Jack Dorsey, Kevin Systrom, Benjamin Eymere et des centaines d’autres forment une nouvelle matrice organisationnelle qu’on appelle ici « The Suburbanist International ». C’est évidemment un clin d’œil au Situationnisme International.
L’univers des Situationnistes était une dérive urbaine et la contre-culture : ne jamais travailler. Alors que les « Suburbanist » qui se trouvent dans les campus corporates de haute sécurité en Californie, se rendent indispensable au-delà de la contre-culture.
L’Apple Campus 2 et la Zee Town de Facebook sont pensés comme la vision originale des Suburbanist International, qui est celle de Walt Disney, avec la construction de Disneyland. « Le lieu le plus joyeux du monde » à Anaheim en Californie, qui a ouvert en 1955, ainsi que le second lieu de propagande et de contrôle de la culture, le Walt Disney World a ouvert en 1971 à Bay Lake, en Floride.

Passer de la recherche personnelle de la nature radical du paysage urbain, à la scène écrite, castée, enregistrée et distribuée des Suburbanist International, c’est exactement ce qui se cache derrière l’association entre Steven Spielberg et Jack Ma ou encore entre Disneyland, l’immeuble CCTV, le musée de la Fondation Louis Vuitton, l’Apple Campus 2 et la Zee Town de Facebook. Depuis le lieu le plus joyeux du monde de Disney à la chanson de Pharrell William, Happy, nous sommes tous témoins du glissement drastique d’une culture cherchant à créer une connaissance plus profonde du monde, vers un monde programmé pour l’auto-satisfaction. Un monde qui ne propose plus qu’un seul choix : celui de décider ce en quoi nous croyons. Et ce choix s’exprime et se définit par un simple mot : Like. Aucune autre opinion ne sera tolérée.

Le spectacle n’est pas une collection d’images, c’est plutôt une relation entre personnes qui sont médiatisées par l’image. L’ensemble des processus fabriqué par ce petit monde n’est qu’un assemblage de mort. Mort de la beauté. Mort de l’enfance. Mort des droits individuels et de la conscience autodéterminée.
Toutes les personnes assimilées à ce lavage de cerveau sociétal sont coupables de crime de la pensée.

Ils sont organisés comme un virus culturel contagieux conçu pour tuer tout sentiment d’espoir d’une génération entière et TUER littéralement leur conscience. Ce spectacle n’est que désespoir.
Un profond manque d’espoir pour des centaines de millions de personnes privées de leur capacité à développer naturellement leurs propres concepts de bonheur.
Tous les jours les médias du monde nous inondent au sujet du réchauffement climatique. Au sujet de la mort de centaines d’espèces d’organismes naturels.
Qu’est ce que le spectacle offert par le monde de la mode aujourd’hui, si ce n’est la représentation très inquiétante d’un phénomène mondial de réchauffement culturel.
Cette désintégration de notre culture, de notre histoire est rarement signalée.
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Publié le 12/10/2016