Cinéma

Bienvenue dans l’ère de l’uchronie

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Bien sur, il y a The Man in the High Castle. Quand on veut illustrer ce qu’est l’uchronie, on se réfère au jeune Hitler intégrant les beaux arts, ou aux nazis remportant la guerre. Bref, quand on veut parler de changement historique a posteriori, le fameux « et si », on se situe d’emblée sur la période la plus marquante de l’histoire moderne.
La série (dont le premier épisode est disponible) promet un beau succès. Parce qu’elle est réalisée par un expert, David Semel, qui a commencé sur Beverly Hills et 7 à la maison et ne fait que ça depuis 22 ans. Parce que l’histoire est inspirée d’un livre de Philip K. Dick, et qu’un esprit paranoïaque ne s’exprime jamais aussi bien que sur la longueur. Parce qu’elle est réalisée par Ridley Scott. Parce que… parce que plein de raisons. Mais la première d’entre elles, c’est l’uchronie. Et si les nazis avaient gagné la guerre ?

« Jamais, dans mes frustrations, tout ce qui fait de moi un homme n’interpella avec plus de rageuse et vaine sauvagerie ce qu’à défaut de mot plus ignoble nous appelons le destin : cette bataille perdu qu’il ne nous est même pas permis de livrer. » Romain Gary

Peut-être parce que nous vivons une période de crise écologique et que l’on souhaiterait avoir fait les choses autrement. Peut-être parce que le capitalisme exacerbé nous a érigé la frustration comme moteur de vie et que se contenter n’est plus un possible. Peut-être parce que les possibilités technologiques et le transhumanisme nous poussent à vouloir plus de version du réel. Peut-être parce que le monde entre dans l’ère du Verseau et perçoit les univers parallèles. Ou peut-être parce que l’équipe marketing a bien bossé et qu’on a intégré leur came.

Quoi qu’il en soit, l’uchronie est là. Bien ancrée par l’assassinat délirant et jubilatoire d’Hitler (encore lui) par Tarantino dans Unglorious Bastards, la réinterprétation de l’histoire s’immisce partout. Pas comme des révisionnistes (quoiqu’ils trouvent bon nombre d’adhérents sur leur route), mais comme des férus d’imagination. La réalité est trop réduite pour un animal doté d’un cerveau de 1.300 cm³ et de la conscience de sa propre mort.

X Men n’en finit plus de jouer avec ses réécritures. Une sorte de Marty McFly, opus 2, sans la DeLorean. Pixar s’y met avec son prochain long, Le Voyage d’Arlo, qui imagine le monde si une météorite n’avait pas tués les dinosaures. Nos futurs, le dernier Rémi Bezançon, la vie de deux jeunes qui tentent de réécrire leur vie si le temps n’était pas passé.
Le cinéma, plus que n’importe quel art, est l’histoire du « Et si… ». Et si il y avait un homme araignée ? Et si Scarlett O’Hara était amoureuse d’Ashley Wilkes ? Quelle différence marque l’uchronie alors ? L’uchronie dit : et si tout ce que vous saviez était faux ?
L’uchronie joue sur notre amour à tous des théories du complot. Amène la SF sur un terrain qu’elle n’est pas censée fréquenter : le nôtre. Fait d’une série, non plus un moyen d’échapper au monde un moment, mais au monde de s’échapper à nous-même durablement (rappelez-vous de la sensation à la fin de La Planète des singes).
Est-ce que l’uchronie est dangereuse ? Ben, pas plus qu’une cuite ou un footing. Donc, foncez sur The Man in the High Castle, un régal.

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Publié le 13/07/2015