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« Kif » – Laurent Chalumeau

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Pourquoi lui ?
Parce qu’avec un programme à base de « cocktails à flot, soirées mousse, jeunes filles peu vêtues, petites racailles, poudre blanche, service d’ordre patibulaire et magouilles en tout genre», on est certain de ne pas s’ennuyer une seconde. Et puis parce que Laurent Chalumeau était le co-auteur des textes de De Caunes lorsque ce dernier officiait à Nulle Part Ailleurs dans les années 90.

Où le lire ?
Sur la côte d’Azur, juste avant de sortir en boite de nuit.

Le passage à retenir par cœur ?
« Si près du but, tout à coup, il avait peur de mal tomber, en fait. De tout planter à vouloir passer en force comme ça. Chez elle, pas invité. Même pas appelé pour s’annoncer.
Mais bon, les filles ne faisaient rien non plus pour simplifier la tâche. Dures à suivre, je te dis pas. D’un côté n’aimant pas les gros bourrins machos qui se croyaient tout permis. Lais quand même, par moments, appréciant les gars entreprenants, sachant ce qu’ils veulent – surtout, sachant ce que elles, elles voulaient -, et du coup capables d’activer les choses, pas juste attendre que ce soit elles qui cèdent. Autrement dit, pile-poil l’endroit où Georges avait toujours buté, ne sachant jamais où était la frontière entre la drague ringarde et la virilité qui paie.
Non, là, il allait repartir. C’était le mieux.
Et en même temps, il fallait bien qu’il sache.
Donc tôt ou tard, qu’il se déclare.
Oui mais bon. Peut-être c’était mieux, faire ça un autre moment.
Dans les règles, tout bêtement. L’inviter à dîner.
Voilà. Là, il allait repartir, attendre qu’il soit midi et l’appeler pour lui demander ce qu’elle faisait ce soir.
Et en même temps, il était là, c’était un peu con.
Et puis merde ! Autant être fixé et que ce soit réglé, d’une façon ou d’une autre.
Faute de repérer une sonnette ou un interphone, il ouvrit la petite porte grillagée et traversa le jardiner jusqu’à la porte d’entrée. Elle était entrouverte. Il frappa. Pas de réponse. Il appela, disant son prénom à elle, trois fois. Pas de réponse non plus.
Tant pis. Au point où il en était, il poussa la porte, le cœur battant à tout berzingue, préparant sa phrase d’excuses de déranger comme ça, priant pour qu’elle, une fois remise de sa surprise de le trouver comme ça chez elle, elle ait l’air-contente, peut-être pas, mais bon, au moins, pas trop fâchée de le voir. »

A qui l’offrir ?
A tous les proxénètes mondains.

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Kif, de Laurent Chalumeau, éd. Grasset, 464 p., 22€

Pas toujours facile d’imposer le respect quand on s’appelle Georges Clounet et qu’on se retrouve catapulté à la tête du Kif, une boîte de nuit interlope de la Côte d’Azur.
L’incorruptible Georges entend bien faire le ménage dans sa petite entreprise totalement vérolée. Mais en ce début d’automne 2011 au climat déjà bien alourdi par les querelles truquées sur la “filière halal”, les prières dans la rue et le débat sur l’“identité nationale”, ils sont en prime nombreux à lui compliquer la tâche : un ex-acteur porno recyclé dans le proxénétisme mondain ; un milliardaire saoudien autoproclamé “DSK de la Riviera” ; un converti à l’islam radical qui se voit déjà calife ; une élue du FN qui croit son heure venue…
Un million d’euros cash rangé dans une mallette va échauffer l’esprit de tout ce petit monde, tandis que diverses amours contrariées et pulsions contrariantes viennent compliquer l’affaire – car une société se raconte aussi par la façon particulière qu’y ont les hommes de haïr les femmes.
Jonglant avec les codes du polar, du western et de la comédie de mœurs, Laurent Chalumeau embrase le bûcher de nos vanités et signe une fresque où les divers extrémismes qui nous menacent passent un mauvais quart d’heure – contrairement au lecteur.
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Publié le 24/11/2014