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Frederika Amalia Finkelstein – « L’oubli »

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Pourquoi lui ?
Parce que c’est le premier roman choc de la rentrée littéraire. L’auteure n’a que 23 ans. Elle est jolie, ce qui est rare chez les écrivaines et elle étudie la philosophie, ce qui est beaucoup moins rare. Plus sérieusement, cette post-adolescente qui écoute Daft Punk et boit beaucoup de coca est obsédée par l’extermination des juifs d’Europe. Son mot d’ordre pour dépasser son obsession : le droit à l’oubli. C’est extrêmement osé et provocateur et ça va faire parler à coup sûr.

Où le lire ?
Seul, chez soi, lors d’une nuit blanche. Pour comprendre ce que vit l’écrivaine quand elle écrit : « J’ai oublié la date du jour que je suis en train de vivre. Je me lève et je m’assois sur mon lit, le dos contre le mur. Je demande au logiciel de reconnaissance vocale de mon téléphone quelle est cette date ; une voix féminine (son nom est Siri, elle a un timbre de blonde) me répond que nous sommes le dimanche 25 avril et qu’il est 2h30. Je lui dis « Siri, j’ai peur de dormir » mais elle fait mine de ne pas comprendre. J’enfonce mes écouteurs blancs dans mes oreilles, One more time démarre à un volume faible. »

Le passage à retenir par cœur ?
«Je m’appelle Alma et je n’ai pas connu la guerre. J’ai grandi en écoutant Daft Punk, en buvant du Coca-Cola et en jouant à des jeux vidéo sur la Playstation 2. Un jour, j’ai appris que mon grand-père avait fuit la Pologne quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, avant la Shoah. Ce mot m’a longtemps agacée : son côté spectaculaire. Mais vendredi soir, quand je me suis retrouvée face à la petite-fille d’Adolf Eichmann et qu’elle n’arrivait pas à se remémorer le nom du camp d’Auschwitz, j’ai ressenti comme une douleur – elle a duré quelques secondes. Je me suis rappelée l’exergue de Si c’est un homme de Primo Levi : « N’oubliez pas que cela fut, non, ne l’oubliez pas » ; je crois que je veux faire exactement le contraire. Oublier tout.»
« Je pense qu’aujourd’hui Hitler est un mythe au même titre que Jésus-Christ est un mythe et que Michael Jackson est un mythe: nous ne pouvons pas oublier ces noms parce qu’ils sont ancrés dans notre mémoire. Les 14 000 000 d’êtres humains exterminés entre 1933 et 1945 ne sont pas des mythes : nous ne connaissons pas leurs noms. Ils sont poussière, ils sont chiffres. Que cela soit juste ou pas, là n’est pas la question. La morale est comme le fait de gagner : elle est une illusion »

À qui l’offrir ?

À tout ceux qui pensent que la littérature c’était mieux avant et que le livre est mort.

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Frederika Amalia Finkelstein, L’oubli, L’arpenteur, 176 p;, 6.90 euros. Sortie le 28 août 2014.

"J'ouvre mon MacIntosh. Fini Auschwitz. Soudain je vois Times Square de nuit sur mon fond d'écran et cette image demeure plusieurs secondes devant mes yeux. Elle m'aspire : l'espace d'un instant, j'oublie tout ce qui me dérange".
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Publié le 27/08/2014