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Ce qui nous relie – Alexandre Lacroix

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Pourquoi lui ?
Des livres sur internet, il y en a, et de très bons. Mais soit ils parlent de data, soit épistémologie pure. Alexandre Lacroix réussit dans ce livre ce qu’il réussit dans Philosophie Magazine : confronter la réalité aux grandes théories. Partir, comme les Grecs anciens, du quotidien, de nos expériences, pour relier les grands principes intellectuels.
Pour le coup, Alexandre Lacroix part de trois rencontres. Julian Assange, Peter Thiel et Philippe. Un chercheur de vérité, ultra politisé, anarchiste parce qu’icône du libertarianisme. Un créateur et visionnaire amoral. Et un complotiste qui tend à donner raison à Nietzsche disant que ce ne sont pas les doutes qui rendent fous, mais les certitudes. La rébellion, la transcendance et l’opposition. Les trois enfants de l’internet. Les trois fils de notre époque. Les trois chemins possibles. Un chemin quasi camusien, du choix entre combat et cynisme face à l’évidence de l’absurde.
Mais tout cela sont des grands mots pour tout simplement dire qu’on a là un vrai très très bon livre sur notre époque et ses potentiels, et donc sur l’avenir.

Où le lire ?
N’importe où, mais pas au milieu d’une foule, parce que le livre rend un tout petit peu suspicieux.

Incipit.
Cédant à la morosité, si ce n’est à l’atmosphère de déclin de l’Europe contemporaine, il m’arrive parfois de regretter que, depuis ma naissance, le train de l’Histoire ne soit pas passé.

Le passage à retenir par cœur.
Représentez-vous, nous dit-il, un pays qui aurait adopté le système politique suivant :
-Le suffrage (le droit de vote) n’est accordé qu’aux propriétaires terriens et, de plus, la valeur de leur voix est proportionnelle à la valeur de leur propriété.
-Le pouvoir exécutif est aux mains d’un comité central. Dans lequel la représentation des femmes est quasiment réduite à néant.
-Il n’y a pas de séparation des pouvoir. Il n’y a pas de contre-pouvoirs. Il n’y a pas de jurys et pas de présomption d’innocence.
-La désobéissance à n’importe quel ordre peut être instantanément sanctionnée par une condamnation à l’exil.
-Il n’y a pas de liberté d’expression. Il n’y a pas de droit d’association. L’amour est interdit sans approbation de l’État.
-L’économie est centralisée et planifiée.
-La circulation des personnes et les communications sont surveillées.
-La société est lourdement réglementée et cette réglementation est si coercitive qu’on explique à beaucoup d’individus quand, où et combien de fois par jours ils sont autorisés à se rendre aux toilettes.
-La transparence est presque inconnue et l’existence d’un droit des citoyens à l’information est inimaginable.
-L’État n’a qu’un seul parti. Les groupes d’opposition sont interdits, surveillés ou marginalisés quand et sitôt que c’est possible.

Et bien, cette contrée n’est pas chimérique, elle existe et vous la connaissez, ajoute malicieusement Assange : c’est l’Entreprise.

À qui l’offrir ?
À Fleur Pellerin, à Emmanuel Macron, à… pfff, en fait, à tous ceux qui prennent des décisions en France, dans le public comme dans le privé, parce qu’ils ont un siècle de retard.

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Ce qui nous relie, Alexandre Lacroix, éd. Allary, 291 p., 18,90 €

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Publié le 19/01/2016