Art

Robert Mapplethorpe comme vous ne l’avez jamais vu

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Demain est le dernier jour non pas du reste de votre vie mais de l’incroyable exposition « Objects » de Robert Mapplethorpe à la Galerie Thaddaeus Ropac.
L’occasion de découvrir un ensemble d’œuvres uniques et rares de Robert Mapplethorpe exposées pour la première fois à Paris.

Dès la fin des années 1960, Mapplethorpe commence à élaborer des objets tridimentionnels, des montages photographiques et des collages en utilisant des matériaux très hétéroclites. Ces œuvres démontrent son engagement dans une démarche créatrice très personnelle qu’il développera tout au long de sa vie. Elles révèlent sa fascination pour des sujets tels que le mysticisme, l’ésotérisme et le fétichisme. Sur le plan du style et de l’iconographie, elles constituent un mélange inattendu entre les ready-mades de Marcel Duchamp et les divagations psychosexuelles de Dali.

Passionné par les symboles et les motifs géométriques, Mapplethorpe réalise de nombreux collages et assemblages en recyclant – tout en les transgressant – des images religieuses. Il explore également des sujets plus sombres comme tirées de magazines pornographiques. Sans jamais avoir peur d’enfreindre les règles ou de choquer, il a contribué à une approche radicale et souvent provocatrice, ancrée dans le contexte socioculturel du New York libertaire des années soixante-dix.

Parmi les oeuvres présentées, Untitled (Madonna Medaillon), un rare collage de 1968 montre une image de la Vierge inscrite dans une architecture géométrique dessinée à la main. Dans un style rappelant le Surréalisme, la figure semble léviter sur une forme organique qui évoque à la fois un coquillage et une coupe anatomique des organes génitaux masculins. À l’extérieur du cadre, un emblème en feutre représentant le Sacré-Coeur de Jésus montre l’intérêt de Mapplethorpe pour l’intégration d’éléments religieux dans une composition à connotation sexuelle.

Jay Kiss (1973) souligne la dimension fétichiste de l’œuvre de Mapplethorpe. Sur une structure en bois peinte en rouge, un foulard de soie est accroché sous un portrait au polaroïd agrandi de son ami Jay Johnson. Relique d’un moment passé, le foulard correspond à celui que Jay porte dans l’image, où il est tendrement représenté les yeux fermés. La composition novatrice rappelle celle d’un ex-voto, habituellement offert en signe de gratitude ou de dévotion dans un contexte religieux.

Untitled, une pièce géométrique de forme triangulaire réalisée en 1983, révèle la fascination de l’artiste pour la perfection formelle, et notamment pour la symétrie. Comme il le raconte à la critique d’art Ingrid Sischy : « L’église est un endroit magique et mystérieux pour un enfant. Cela se voit encore dans la manière dont j’arrange les choses. Ça ressemble toujours à de petits autels. À chaque fois que j’essaie de mettre des choses ensemble, j’ai remarqué que je les plaçais de façon symétrique ; cela s’est toujours passé ainsi.»[1] Mapplethorpe fait précéder son nom du symbole X, jouant ainsi sur l’ambivalence autant pornographique que religieuse de ce symbole. La sobriété de la composition qui se décline en bandes de feutre coloré donne une dimension mystique à ce qui peut être lu comme un autoportrait abstrait.

Robert Mapplethorpe (1946-1989) est né dans le Queens à New York. Le troisième d’une fratrie de six enfants, il a grandi au sein d’une famille catholique de la classe moyenne.De 1963 à 1969, Mapplethorpe fréquente le Pratt Institute à Brooklyn où il étudie la peinture et la sculpture ; il en sort diplômé en Arts Graphiques. Au cours de ces années de formation, il produit de nombreux dessins et collages ainsi que des objets tridimensionnels utilisant toutes sortes de matériaux. En 1971, il commence à utiliser un appareil Polaroid et inclut progressivement la photographie dans ses collages, ainsi que des extraits de livres et des coupures de magazines. Mapplethorpe aime l’instantanéité et l’intimité de ce nouveau medium qui contribuera à définir son vocabulaire. Ce n’est seulement qu’à partir de 1975 que Mapplethorpe commence à travailler exclusivement avec la photographie, lorsque le commissaire d’exposition et collectionneur averti Sam Wagstaff, également son mentor et amant, lu i offre un appareil Hasselblad 500.

Considérée aujourd’hui comme une part essentielle de son œuvre, ces premiers travaux ont récemment faits l’objet d’une acquisition par le J. Paul Getty Museum et le Los Angeles Country Museum (LACMA). En 2016, les deux institutions ont organisé la plus grande rétrospective de l’artiste à ce jour. Le catalogue Robert Mapplethorpe: The Archive publié à cette occasion par le Getty Research Institute est le premier ouvrage entièrement consacré à cette période.

Robert Mapplethorpe, Objects
Du 10 mars au 29 avril 2017
Galerie Thaddaeus Ropac
7, rue Debelleyme
75003 Paris
France

http://www.ropac.net/
Galerie
Publié le 28/04/2017